Des sorcières bien-aimées …

Ces dernières semaines, la presse people numérique et papier a brui des accusations de « sorcellerie extrême » (« extreme witchcraft ») et de magie noire lancée contre la célébrissime chanteuse américaine Beyoncé par son ex-batteuse, Kimberly Thompson : l’affaire, très sérieuse, a été portée devant la justice, dont chacun attend le verdict avec impatience …

Beyoncé, un procès en sorcellerie

Beyoncé, une sorcière ?
Beyoncé, une sorcière ?

La batteuse a affirmé à la Cour qu’après avoir travaillé pendant sept ans pour Beyoncé, celle-ci se serait subitement acharnée contre elle par magie noire et sorcellerie, tentant notamment de la ruiner financièrement. Elle l’aurait harcelée et, au passage, elle aurait même assassiné le chat de Kimberly ! (était-ce un chat noir ?).

Pour autant qu’on puisse le savoir, il semblerait que les juges du premier degré aient débouté la demandeuse (« un énième tour de magie de Beyoncé, peut-être ? », s’interroge malicieusement l’incontournable Voici), mais cela dédouane-t-il pour autant la star sulfureuse qui, de sources autorisées, avait déjà quelques antécédents au casier des maléfices …

Affaire Kimberly vs Beyoncé - pièce de procédure
Affaire Kimberly vs Beyoncé – pièce de procédure

Selon un site bien informé consacré au décryptage des réalités symboliques (vigilantcitizen.com, dont l’analyse a été reprise par plusieurs autres), l’œuvre de Beyoncé serait parsemée de références à l’occulte ; le texte à double sens de certaines de ses chansons (sur l’album Lemonade, notamment) contiendrait un message destiné à une élite invisible, évoquant un rituel magique -pour ne pas dire satanique- pour le moins étrange :

Tu me rappelles mon père, un magicien … capable d’exister dans deux endroits à la fois … Quelle chance. Quel malédiction de merde ! J’ai essayé de changer. J’ai fermé ma bouche davantage, essayé d’être … J’ai jeûné pendant 60 jours, je portais du blanc, j’ai évité les miroirs, me suis abstenue de sexe, lentement je ne disais plus un mot. Je dormais sur une natte sur le sol. J’ai avalé une épée. Je lévitais. Nous sommes allés au sous-sol, j’ai avoué mes péchés, et j’ai été baptisé dans une rivière. Je me suis mis à genoux  et dit « amen » et « je veux le dire » … Je fouette mon dos et demande pour la domination à vos pieds. Je me suis jetée dans un volcan. Je buvais le sang et bu le vin. Je me suis assise seule et suppliais … Dieu. Je me croisais et j’ai cru voir le diable. J’avais la peau sur les os, je me suis baignée dans l’eau de javel, et utilisé les pages du Saint Livre pour essuyer mes règles, mais criait en moi le désir de savoir …

ou encore :

Elle dort toute la journée. Rêve de toi dans les deux mondes. Laboure le sang, a l’intérieur et en dehors de l’utérus. Se réveille en sentant le zinc, la douleur est anesthésié par l’orgasme et l’orgasme augmente la douleur. Dieu était dans la chambre  quand l’homme a dit à la femme : « Je t’aime tant. Mets tes jambes autour de moi. Baise moi, baise moi, baise moi. Parfois quand il avait son mamelon dans sa bouche, elle murmurait : Oh mon Dieu », ça aussi c’est une forme de culte …

Sous les pavés, l’Enfer ?
L’étoile de Destiny’s Child, l’ex groupe de Beyoncé, sur la Promenade de la Célébrité  à Hollywood Le Sceau pentagrammatique, symbole traditionnellement associé au culte de Satan

Katy Perry, enfant du diable ?

Beyoncé n’est pas la seule chanteuse célèbre suspectée de flirter avec les puissances occultes.

Ainsi, à en croire l’assez sérieux Huffington Post, Katy Perry ne serait pas en reste : parmi d’autres vilénies, on l’accuse « de flirter avec Satan, d’inviter à la possession démoniaque » et même (comme on ne prête qu’aux riches !) « de faire partie des Illuminati ».

Il faut bien reconnaître que Katy Perry, qui a pourtant  baigné dans une pieuse atmosphère pendant sa jeunesse et qui doit connaître un peu les Saintes Écritures (fille d’un couple de pasteurs évangéliques qu’elle assistait dans leurs fonctions, elle a chanté à l’église jusqu’à ses 17 ans), n’est pas regardante sur les abominations devant Dieu, préconisant même les relations sexuelles avec des animaux ou des aliènes (en qui on verra des démons ou des anges déchus). C’est tout au moins l’opinion diffusée par un blog, Chrétiens 2000, qui cite à l’appui un certain nombre de déclarations explicites de la chanteuse ou de ses proches…

« J’ai vendu mon âme au Diable … Je suis désolée, si j’ai laissé les anges pleurer à mon sujet … Monsieur le prêcheur, je suis partie, partie … Je ne changerai rien, même si je le pouvais, j’ai choisi un chemin, je ne me retournerai pas »
Et son père en larmes d’implorer  :
« Priez pour l’âme de ma fille, ma fille est à présent une enfant du Diable »

Ma fille Katy Perry est une enfant du diable !
Ma fille Katy Perry est une enfant du diable !
Katy Perry en Schtroumfette
Katy Perry en Schtroumfette

Pour ne rien arranger, Katy Perry a même prêté sa voix à une entité astrale bien identifiée (l’édition papier de Carmen Galli /Argos  lui avait consacré un article en 1988) : la Schtroumfette, doublée par la chanteuse dans la version en anglais du deuxième volet des aventures des petits hommes bleus. Rappelons que la Shtroumpfette a été créée par l’infâme sorcier Gargamel pour semer la zizanie dans le village des Schtroumpfs, à partir d’une recette empruntée au très mysogyne grimoire Magicae Formulae, aux Editions Belzébuth :

« Un brin de coquetterie, une solide couche de parti-pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère, un carat de rouerie, une poignée de colère, un doigt de tissu de mensonges […] un boisseau de gourmandise, un quarteron de mauvaise foi, un dé d’inconscience, un trait d’orgueil, une pointe d’envie, un zeste de sensiblerie, une part de sottise et une part de ruse, beaucoup d’esprit volatil et beaucoup d’obstination, une chandelle brûlée par les deux bouts ».

Une recette que n’a semble-t-il pas désavoué Katy Perry, qui a déclaré au contraire avoir pris beaucoup de plaisir à l’exercice.

Le sorcier Gargamel composant la SchtroumfetteLe sorcier Gargamel composant la Schtroumfette

Britney Spears, adoratrice de Satan ?

Décidément, ce film sur la Schtroumfette a de quoi éveiller bien des soupçons, car la chanson du clip officiel, « Ooh La La », est interprétée, non par Katy Perry, mais par sa non moins sulfureuse consœur en diablerie Britney Spears, dénoncée pour être une créature de Satan par les tenants conspirationniste du New World Order.

Britney Spears et la Schtroumfette, Ooh La la !Britney Spears et la Schtroumfette, Ooh La la !

Cette chanson relate en substance les implorations d’une jeune fille (vierge ?) à un mystérieux personnage, dans un registre à double sens qui n’est pas sans rappeler celui de Beyoncé :

« Ooh je pense que tu es bon comme tu es, dis-moi si tu peux te lever et t’enfuir avec moi ? […]  j’irais avec toi n’importe où, on n’a pas besoin d’or, on brillera quand même […] tu sais que personne ne peut descendre aussi bas que nous, on ne se lasse pas de baiser […] Je vois cette étincelle briller dans ton œil […] mon cœur bat vite parce que je veux tout, alors bébé viens avec moi et sois mon ooh la la … ».

Brytney Spears, issue d’une famille chrétienne bien-pensante, a dérivé assez jeune vers le côté obscur, et complaisamment contribué à forger sa toxique réputation, imaginant peut-être qu’elle faciliterait du même coup son hypothétique rédemption (sur le principe que « faute avouée est demi pardonnée ») ! Sa page Twitter a révélé un jour qu’elle était adepte de Satan (mais ce message a ensuite été mis sur le compte de hackers), et d’après différents sites, elle aurait reconnu à plusieurs reprises avoir suivi l’enseignement kabbalistique de la peu recommandable Madonna et fréquenté assidûment les Illuminati (dont avec autant de vedettes sexy, les réunions doivent être des concerts très demandés)…

Britney Spears envoie un signe ...
Britney Spears envoie un signe …

Après la naissance de son premier enfant, Britney Spears a toutefois jugé prudent de prendre du champ avec des pratiques et des fréquentations aussi douteuses, craignant qu’elles portent préjudice, non pas à sa carrière, mais à ses enfants ; à en croire le Nouvel Observateur, elle aurait tourné la page en 2006 : «  … Britney, qui vient tout juste d´avouer sa deuxième grossesse alors qu’elle est déjà maman d’un enfant de 6 mois, vient d´annoncer sur son site officiel qu´elle ne faisait désormais plus partie du mouvement de la kabbale […] Je n´étudie plus la kabbale, mon bébé est ma religion ». Pour le site Ekklesia.pro, Britney Spears implorerait désormais le pardon de Dieu, en le suppliant de ne pas faire retomber son divin courroux sur sa descendance : « Vous pouvez me punir, mais s’il vous plaît ne punissez pas mes fils, ils n’ont rien fait et méritent un bon départ […] Je suis forte et je dois assumer la responsabilité de mes propres actions et des personnes avec lesquelles j’ai été associée par le passé et des choses auxquelles j’ai participé […] Je ferais n’importe quoi pour donner à mes deux garçons une chance de mener une bonne vie. C’est tout ce que je leur demande. Être des gens décents et mener une vie décente ».

Ariana Grande et Mika, un duo diabolique …

De leur côté, la chanteuse Ariana Grande et le chanteur Mika auraient recouru à la sorcellerie pour promouvoir la sortie en 2012 leur album Popular Songs ; c’est tout au moins ce qu’avancent des blogs et la presse People sur Internet, allant jusqu’à qualifier les deux chanteurs de  » Duo diabolique  » dans leur clip.

Ariana Grande et Mika en duo (diabolique ?)
Ariana Grande et Mika en duo (diabolique ?)

Rihanna, satanique Princesse des Illuminati …

Mais d’après plusieurs sites, les Beyoncé, Ariana Grande et autres Katy Perry font figure d’enfants de chœur comparées à  Rihanna, qui ne serait rien de moins que la propre fille de Satan !

Statue représentant l'accouplement de Zeus en cygne et de Léda
« Zeus, quand tu viens, fais-moi cygne… » Copie 16ème d’après un sculpture antique Bibliothèque de Sansovino à Venise

Cette célèbre chanteuse, classée par Forbes quatrième personnalité la plus puissante au monde dans l’industrie du spectacle, aurait en effet été engendrée de l’accouplement contre-nature entre le Diable et un canard (une cane, plus vraisemblablement ! La mythologique Hélène était née de l’accouplement tout aussi acrobatique de Zeus métamorphosé en cygne avec Léda, la femme de Tyndare, roi de Sparte).

Selon l’insolite Desencyclodie Wiki online, tout aurait commencé le 20 février 1998 sur la petite île de la Barbade (pays dont la chanteuse a officiellement été nommée ambassadrice en septembre 2018). Une fois créée, Satan aurait assigné à Rihanna sa mission terrestre : « […] prend le temps qu’il faudra, mais accomplis ta mission. Je vais te créer une mère, un père, et des frères et sœurs. Oublie-les, et ne pense qu’à ta carrière musicale ! Ne leur donne rien de ta fortune ! Trouve-toi dès que possible un producteur si tu veux que tes chansons sataniques passe à la radio, ou si tu veux vendre des disques ! », avant de lui donner cette utile recommandation : « N’oublie pas : tu auras le soutien de mon projet top secret ! N’en parle à personne, d’accord ? … ».

Forte d’une telle paternité, rien d’étonnant que Rihanna ait pu gravir très vite l’échelle des maléfices, au point de devenir la Princesse des Illuminati (dixit Eveil-de-la-conscience.com) et, par voie de conséquence, de s’attirer les foudres et l’interdit de pas mal d’associations religieuses dans le monde, comme le révèlent de très sérieux organes de presse comme les Inrockuptibles ou Jeune Afrique : « Rihanna déclarée “persona non grata” par des associations religieuses au Sénégal, la franc-maçonnerie avec notamment sa branche illuminati, dont ses symboles et signes sont omniprésents dans ses clips, faisant souvent l’apologie de Satan et des démons, ce qui lui vaut de surnom de princesse des illuminati à cause de sa propension à faire du prosélytisme luciférien ».

Petit Rihanna satanique illustré : si c’est du toc, c’est bien imité !
Rihanna cornuta Rihanna exhibant un pentacle
Rihanna lançant le salut sataniste Le salut sataniste des sorcières

Sympathy for the Devil ?

Cette petite liste ne comprend que quelques noms, mais bien d’autres chanteuses pourraient y figurer, à commencer par la scandaleuse Madonna, illuminée sataniste pour les uns, possédée démoniaque pour d’autres, et férue de kabbale et d’occultisme, selon ses propres déclarations ; ou encore Lady Gaga, qui selon des rumeurs aurait vendu son âme au Diable pour s’assurer le succès. Son coiffeur (profession toujours bien informée) Michael Pooter, a affirmé en 2011 que la chanteuse était une adoratrice certifiée de Satan ; alors qu’il s’apprêtait à la coiffer un jour, elle se serait mise à le fixe d’une manière effrayante, « avec des yeux de démons » et l’aurait menacé de manger ses enfants s’il révélait ce qu’il avait vu. Une autre fois, il aurait distingué sur son cuir chevelu le nombre de la Bête, 666, ce qui aurait mis Lady Gaga en lévitation à presque 1 mètre du sol. Le coiffeur se serait aussi rendu compte qu’elle vociférait en plusieurs langues, symptôme bien connu de possession démoniaque…

L'antéchristique Madonna
L’antéchristique Madonna

L'infernale Lady Gaga
L’infernale Lady Gaga

Des soupçons d’entente avec le Diable ne pèsent d’ailleurs pas que sur de potentielles chanteuses-sorcières, mais aussi sur nombre de chanteurs masculins.

Ainsi, récemment, le célèbre rapeur Maître Gims a rejoint le banc des accusés : à en croire certaines dépêches, il serait lui aussi un Illuminati, pratiquerait la sorcellerie et aurait vendu son âme au diable ! Le chanteur a cependant balayé sans détour ces rumeurs, avec son franc-parler coutumier :

« Bon, là le sujet du soir c’est la sorcellerie. Certaines personnes commencent à me fatiguer avec vendre son âme au diable, ne pas la vendre, la louer, ne pas la louer, faire un prêt avec ou sans intérêts … bien souvent ce sont les noirs, les africains ou les arabes qui m’interpellent à ce sujet … les stars blanches ne sont jamais accusées de sorcellerie [argument inexact, comme on vient de le constater !] A croire que seuls les africains ont besoin de la sorcellerie pour réussir … [en Afrique] la sorcellerie est parfois très prise au sérieux et les simples suspicions peuvent aller très loin … »

L'ouvrage de Jota Martinez Galiana
L’ouvrage de Jota Martinez Galiana

La connivence réelle ou supposée des vedettes du show-biz et des puissances occultes ou démoniaques n’est pas un thème nouveau, loin de là. Il y a une vingtaine d’année, Jota Martinez Galiana a publié un ouvrage sur ce phénomène, « Satanisme et sorcellerie dans le rock – Histoire d’un Mythe », où étaient évoquées les rumeurs persistantes courant alors contre les célébrités de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, les Rolling Stones, les Beatles, etc… Dans sa présentation, l’éditeur indique de ce livre « invite à parcourir les ruelles les plus lugubres et les plus sombres de l’histoire du rock, depuis la naissance du blues jusqu’à l’émergence de formes musicales mutantes, depuis la superstition de Robert Johnson jusqu’au satanisme médiatique de Marilyn Manson ».

Aujourd’hui, des listes impressionnantes de chanteuses et de chanteurs en pacte avec les puissances de l’occulte circulent sur Internet, à se demander si un seul artiste de variété un tant soit peu connu peut ou a pu faire carrière sans y recourir ! On citera, en vrac, quelques noms du pandémonium ciblé par un « blog catholique  » (sic, en laissant à son auteur la responsabilité de cet adjectif !) comme « chanteurs ou groupe de musiciens néfastes » : Madonna, Black Sabbath, Elton John, Billy Ze Kick, Led Zeppelin, Pink Floyd, Les Rolling Stones, Mickael Jackson, Nirvana, Les Beatles, Acdc, Queen, Prince, Elvis Preslay, U2, Georges Mickaël, Santana, David Bowie, etc…

Pas de fumée (sulfureuse) sans feu (infernal) ?

C’est bien connu, le Diable a plus d’un (33) tours dans son sac… Faut-il détecter derrière tout ça l’œuvre habile et maligne du Démon, comme certains veulent le croire (extrait de Les principes de la sorcellerie musicale) :

« … la musique attire les esprits…Sa nature vibratoire permet d’ouvrir des portails interdimensionnels. Et bien sûr le type d’esprits attirés est fonction du type d’énergie que génère la musique diffusée. Si vous chantez des louanges à Elohim, alors des anges seront attirés… Si ce sont des louanges à Satan, alors, nous pouvons très bien imaginer quels types d’esprits viendront à votre rencontre. Là où des artistes déclarent leur flamme à une  » personne » … à qui elle donne leur âme, ce sont en fait des déclarations d’amour au diable, donc de la louange satanique. Et l’énergie générée par celle ci attire automatiquement des démons … Le diable s’est donné pour mission de faire croire à l’humanité qu’il n’existe pas, mais comme il a besoin d’être loué, alors, il vous fait l’adorer sans que vous vous en rendiez compte, au travers des chansons qui semblent anodines, mais qui le glorifient. C’est extrêmement vicieux, et intelligent. C’est aussi pour ça qu’on l’appelle le malin ». C Q F D !

Une autre thèse serait que la plupart des insinuations et des accusations lancées contre les chanteurs du passé comme d’aujourd’hui expriment des invariants mêlant jalousie, peur de l’irrationnel, goût du dénigrement et adhésion à des schémas de représentation où le succès, le sexe et la richesse sentent toujours un peu le soufre. Pour peu que les artistes y ajoutent un peu de provocation plus ou moins complaisante (Mike Jager : « Appelez-moi Lucifer »), et tous les ingrédients de la suspicion sont à l’appel !

Et puis, après tout, pourquoi certaines de ces rumeurs ne seraient pas fondées ?

L’idée de vendre son âme au Diable pour s’obtenir les joies terrestres d’une carrière musicale à succès et tous les plaisirs qui vont avec n’est ni nouvelle, ni si loufoque que ça : elle doit bien effleurer plus d’un candidat potentiel au monde du show-biz… Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à consulter les annonces spécialisées sur Internet, dont certains sont très révélatrices …

Vente d'âme au démon, en échange d'une carrière dans la chanson
Annonce de vente d’âme au démon, pour une carrière dans la chanson

Et pour celles qui sont déjà en piste, être chanteuse à succès n’interdit pas de commercer avec Lucifer, ni de pratiquer un peu (ou beaucoup) de sorcellerie !

 

Dialogue de SOURDS…

1. Premier courrier…

« Cher P…,
« […] depuis des années, je m’intéresse à la cryptozoologie […] et dans ce cadre, je tente de rassembler des informations fiables sur un animal (si c’en est un) plus ou moins mythique dont notre mère parlait de temps en temps, mais dont je n’arrive pas à trouver d’autre traces, en l’occurrence le SOUR. Je l’orthographie comme cela, mais ce pourrait aussi bien être SOURD, SOURS, SOURRE, ÇOUR, etc… Bref, n’ayant pas de référence écrite, j’ai opté pour l’orthographe la plus simple et la plus phonétique (« faunétique » …).
« Notre mère disait qu’elle en voyait parfois quand elle était enfant dans la Mayenne, dans les années 1930. À chaque fois cela produisait beaucoup d’émoi et d’inquiétude chez sa nourrice et dans tout son entourage. C’était, d’après elle, une sorte d’énorme chenille marron, inerte, maléfique, un peu « obscène » (elle était trop prude pour dire que ça devait lui suggérer la forme d’une bite). L’animal se tapissait immobile, de préférence dans des lieux humiques et sombres, en particulier sous les noyers. Sa nourrice, sa grand-mère et ses oncles disaient que le SOUR portait malheur, qu’il provoquait des maladies, qu’il fallait à tout prix s’en éloigner, bref, un animal à coup sûr pas fréquentable. Quand notre mère en reparlait bien des années plus tard, dans les années 1970, elle semblait encore un peu gênée, comme mal à l’aise.
« Une fois ou deux, notre grand-mère aussi a dit des choses. Sa description n’était pas minutieuse, mais elle évoquait aussi à peu près le même profil général. Elle, en revanche, semblait plus dégoûtée qu’effrayée. Mais une chose est certaine, en dépit de quelques variantes, la mère et la fille parlaient bien de la même chose, et l’identifiaient sous le même nom.
« Il y a deux détails supplémentaires importants.
« Premier détail : notre mère était bien consciente que sa description des SOUR avait l’air assez imaginaire, et notre père la titillait sur le thème des « histoires de veillée »… Mais elle ne se laissait pas déstabiliser ! Plus d’une fois, elle lui a rétorqué, pour appuyer ses dires, que George Sand avait parlé des SOUR dans son œuvre. Il est vrai que dans sa jeunesse, notre mère avait été une grande lectrice de George Sand. Elle citait souvent La Mare au diable, La Petite Fadette et autres nouvelles du même tonneau. Pour tenter de vérifier cet indice, j’ai lu ou relu une grosse partie des œuvres complètes de George Sand (une vraie purge pour moi, qui n’apprécie pas ce genre de littérature), notamment toutes ses nouvelles sur les légendes rurales… En vain ! Donc, soit elle se trompait d’auteur, soit elle a imaginé ce détail littéraire, soit je n’ai pas lu le bon ouvrage, difficile d’être conclusif…
« Second indice : une année, nous sommes allés en vacances dans le Poitou, vers Bessines-sur-Gartempe, chez un brave paysan, matois mais brut de décoffrage, qui s’appelait M. A… C’était en 1965, à deux ou trois ans près au maximum. Bref, un jour, au détour de je ne sais quelle conversation, notre mère a évoqué le SOUR avec ce paysan, et il a immédiatement vu de quoi elle parlait. Il en a donné une description imagée, qui correspondait à peu de chose près à celle de notre mère. Il disait que c’était exactement comme une « saucisse de sang » (en d’autres termes, un boudin, ce qui confirme à peu près la couleur et la taille), légèrement duveteux (donc un peu comme une chenille, mais à taille puissance 10 !), que ça se tapissait dans les lieux humides, et surtout sous les feuilles des pommes-de-terre (par contre, pour les noyers, il était moins catégorique). Il a aussi donné le nom de l’animal dans son patois, c’était un autre nom que SOUR, mais ils parlaient bien tous les deux de la même chose, et l’un comme l’autre excluaient qu’il se fût agi d’une banale chenille. Tous les deux disaient aussi que c’était peu commun comme bestiole, et lui a ajouté qu’on n’en voyait quasiment plus jamais.
« Voilà à peu près tous les éléments dont je dispose, pour tenter d’identifier ce truc. Est-ce que cela te dit quelque-chose, et aurais-tu gardé en tête quelques données supplémentaires qui pourraient me faire progresser dans cette recherche ?
« D’avance merci de ta réponse, et à bientôt,
« M… »

2. Réponse

« Ah, le sourd… C’était Bethines (86310), et non Bessines. J’ai beaucoup lu moi aussi George Sand, mais sans jamais y trouver de mention du sourd. En revanche je l’ai découvert dans « Contes populaires et légendes du Berry et de la Sologne » dans la collection « Richesse du Folklore de France » aux éditions de la Renaissance. Au chapitre la Cocardille, on y parle du Tac ou Môron, espèce de salamandre malfaisante, et je lis ceci : « notre Tac n’est pas moins décrié que le Mirtil du Poitou, la Blande de la Provence, la Plavine du Dauphiné, la Laberne du Lyonnais, le Mouron de la Normandie, ou le Sourd de la Bretagne ».
« Voilà, c’est tout ce que j’ai à t’offrir … Mais tous les vieux paysans de la Mayenne ou de la Sarthe t’en parleront à loisir […]
P… »

3. Courrier complémentaire

« Cher P…,
« Merci beaucoup, ces informations vont m’être vraiment précieuses pour la suite de mes recherches. Je suis content de constater que je n’ai pas rêvé, et que notre mère non plus ne rêvait pas, puisque si ça n’est pas George Sand, au moins d’autre(s) auteur(s) véhicule(nt) le même récit. En outre, l’apparentement du Sourd -puisque apparemment ça s’écrit avec un d final- avec d’autres bestioles un peu mythiques dans le folklore d’autres régions va me permettre d’en préciser le « profil » cryptozoologique.
« Par contre, je reste très dubitatif sur l’assimilation du Sourd à une salamandre. La salamandre était une bête relativement commune jadis, même si aujourd’hui elle est en voie de quasi-disparition à cause de la pollution et de l’urbanisation. J’en ai personnellement vu deux fois dans ma vie, c’est un batracien superbe et plutôt sympathique. Du reste, les anciens connaissaient bien les différentes espèces de salamandre, et si le Sourd avait été l’une d’entre elle, ils auraient mieux su le décrire.
« Notre mère elle-même s’y serait-elle trompée ? Je me souviens qu’elle était férue de l’histoire des Rois de France, surtout celle des Valois : la salamandre était l’emblème archi‑connu de François 1er, impossible qu’elle n’ait pas fait le rapprochement, même si la salamandre héraldique est un peu différente de la salamandre des naturalistes !
« Pour ma part, l’hypothèse d’une « chenille » semble plus consistante. Il en existe dans certains pays d’énormes spécimens, je pense en particulier à la larve du dynaste géant (Dynaste Hercule), dont on trouve maintes photographies sur Internet.

Le Sourd, une énorme chenille ?
Le Sourd, une énorme chenille ?

« Une telle larve ferait une bien meilleure prétendante au titre de SOURD que la salamandre : elle est immobile, elle est assez répugnante, elle est brunâtre (il en existe sans doute de différentes couleurs), peut-être une variété duveteuse… est-ce que ce genre d’animal n’aurait pas pu exister en France, même de manière très épisodique ? En tous cas, c’est un candidat sérieux au titre peu envié de Sourd !« Bref, il reste un gros champ d’investigations à explorer sur ce sujet […].
« M… »