Corona virus : Big Bang ou Bong Bong ?

« On n’avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir… […] Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d’hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s’est calmé. Et étrangement, on a oublié » …

Un phénomène épidémiologique mal cerné : l’amnésie collective

Le Pr. Pierre Dellamonica, aujourd’hui Professeur émérite de l’Université Côte d’Azur, consultant en infectiologie et ancien Chef du service d’infectiologie du CHU de Nice, a livré ce macabre témoignage vécu au journal Libération dans un article de Corinne Bensimon sur La France grippée, publié non pas en 2020, mais en décembre 2005 Ref.

Alors jeune externe à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon, cet éminent spécialiste avait été brutalement confronté à la pandémique « Grippe de Hong Kong », qui a sévi en 1968-1969. Cinquante ans plus tard, qui se souvient des ravages qu’elle a provoqués ? Pourtant, pour paraphraser Jean de La Fontaine dans ses Animaux malades de la peste, ils n’en mouraient pas tous, mais (presque) tous étaient frappés : d’après les statistiques les plus autorisées, cette pernicieuse maladie aurait en effet touché environ 3,5 milliards de personnes sur la planète et tué entre 1 et 4 millions de malades dans le monde, dont environ 50 000 aux États-Unis et entre 17 000 (décès directs) et 31 000 en France Ref.

Titus Lucretius Carus, dit Lucrèce
Titus Lucretius Carus, dit Lucrèce (1er s. av . JC)

La grippe de Hong Kong n’était pas la première du genre, loin de là : elle s’inscrit dans la lignée ininterrompue des fléaux épidémiques (jadis désignés sous le terme générique de pestes) s’abattant de temps à autres sur l’humanité au gré des déplacements des hommes et des airs. Sont-ils « De la nature des choses » ?, comme l’avance le poète et philosophe latin Lucrèce dans son saisissant tableau de l’affreuse Peste d’Athènes, qui, aux alentours de 430 av. JC, emporta Périclès et avec lui le quart de la population d’une ville comptant alors plus de 100 000 habitants :

« Maintenant, je dirai les fièvres et les pestes,
« Quel morbide pouvoir, quels miasmes funestes,
« Portent soudain la mort dans les rangs des vivants.
« […] selon la changeante atmosphère.
« Souvent, hélas! un ciel, qui du nôtre diffère,
« Se déplace et vers nous glisse, brouillard rampant ;
« De proche en proche, un souffle ennemi se répand […]
« Partout en un moment le virus propagé […]
« S’il s’échappe dans l’air, l’air même nous le rend :
« Le mélange nous baigne, et, rien qu’en respirant,
« Force est d’en absorber les ondes purulentes […]
« Un air nouveau pour nous, hôte pernicieux,
« D’une irruption brusque infecte au loin nos cieux…

In DE RERUM NATURA, traduction en vers par André LEFÈVRE, 1899

Mais qu’une nouvelle pandémie survienne -c’est hélas le cas périodiquement- et l’on constate avec étonnement et inquiétude l’impréparation, l’inorganisation et le désemparement des sociétés face à un péril auquel elles sont pourtant régulièrement confrontées.

On sait que certains virus -celui de la rougeole, notamment- peuvent provoquer chez certains patients une « amnésie immunitaire massive et virtuelle » qui induit une régression majeure de tous leurs systèmes de défense et les exposent à de nouvelles pathologie Ref. Mais à leurs effets individuels (la fièvre, les problèmes respiratoires et toutes sortes d’autres complications médicales), certains virus pandémiques du genre « pestes et grippes » n’ajouteraient-ils pas un effet collectif incident, non pas de surprise, mais plutôt d’amnésie immunitaire conduisant les sociétés à ne pas suffisamment se préparer aux attaques suivantes ?

Au côté des biologistes, des généticiens et des épidémiologistes, c’est une question troublante que les sociologues et tous les responsables publics concernés devraient peut-être à mettre à l’étude, afin de déterminer et de mieux préparer les réponses collectives appropriées.

Corona virus est-il la réincarnation de Mr Bong Bong ?

La pochette du disque Mr. Bong Bong (Yves Lemieux)
La pochette du disque Mr. Bong Bong

Par chance, l’oubli n’est jamais total. On se rappellera notamment que le virus parti de Hong Kong en 1968 s’appelait en réalité Mr Bong Bong, à en croire cette incontournable chanson à succès du chanteur québécois Yves Lemieux :

« Monsieur Bong Bong
« Qui vient de Hong Kong kong
« Il nous a fait un beau cadeau oh oh
« On te la donne la grippe qui cogne
« Chez_nous on l’a eu et en veut plus
« En débarquant il avait la grippe
« Nous on s’est dit c’t’un rhume de cerveau
« On se doutait pas que ce petit homme là
« Allait causer tant de tracas » … 

Mr Bong Bong, après un certain temps de latence, s’est-il réincarné dans Corona virus pour, à nouveau, « causer tant de tracas » au monde entier ? Les ésotéristes ne manqueront pas de rappeler, à cet égard, combien les entités astrales et les égrégores sont enclines à se répliquer et à muter, fâcheuse propension qu’elles partagent non seulement avec les virus, mais également avec les fausses informations (enclines, elles-aussi, à devenir virales…).

… ou bien la mutation imprévue d’un œuf de Pâques ?

Concernant l’origine de l’épidémie de COVID-19, la thèse largement majoritaire est que le virus a été transmis à l’homme par un animal en vente sur le marché chinois de Wuhan, probablement un pangolin, une chauve-souris ou une civette.

Jeu de mots sur les bières Corona et Brinkhoff’s : “n’attapez pas le Corona, prenez une Brinkhoff’s”

Toutefois, certains, férus d’homonymie (et de jeux de mots faciles), ont lâchement insinué que le virus pourrait avoir partie liée avec la fameuse bière mexicaine Corona Ref.

Timbre émis en 1978 par la RDA

D’autres, qu’il se serait disséminé depuis le mythique royaume Corona de la Princesse Raiponce Ref, alias la Rapunzel d’un conte des Frères Grimm paru en 1812, sérieusement reliftée en 2010 dans un film d’animation des Studios Disney; le fait que cette jeune fille ait été recluse de force -on dirait aujourd’hui confinée- pendant des années par une méchante sorcière doit sans doute y être pour quelque chose !

Et si l’animal responsable était tout simplement une Poule en chocolat (Haro sur le baudet, dixit La Fontaine), via la mutation totalement improbable d’un Œuf de Pâques ?

C’est en tout cas ce que pourrait suggérer l’initiative décalée d’un pâtissier breton de la commune de Landivisiau, concepteur d’un étonnant Corona virus en chocolat Ref.

Corona virus en chocolat... on s'en régale d'avance !
Corona virus en chocolat… on s’en régale d’avance ! (photo AFP)

On y verra peut-être un nouvel indice de cette « mutation discrète dans les pratiques pascales » que relevait Carmen Galli dans une précédente chronique… ?

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Père Noël : une tombe peut en cacher une autre…

On dit qu’il habiterait en Finlande, en Laponie, au Pôle Nord… Mais décidément plein de ressources, le Père Noël dispose aussi d’une tombe en Turquie !

Le Père Noël est-il enterré à Demre, en Turquie ?

Le tombeau présumé du Père Noël
Le tombeau présumé du Père Noël

C’est en tout cas ce qu’a titré la presse relatant, photos à l’appui, la découverte en 2017 du vénérable caveau sous une église de l’actuelle ville turque de Demre (l’ancienne Myra), dans la province d’Antalya. Qu’importe : mort et enterré, ou trônant vivant au milieux de ses rennes et de ses lutins au Pôle Nord, le Père Noël n’en est pas à une manifestation paradoxale près ! (le polymorphisme et la mutabilité sont des attributs classiques de toute bonne entité astrale).

Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités
Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités. Le baquet du saloir rappelle l’image traditionnelle de la hotte du Père Noël

En fait, la tombe découverte serait plus (in)vraisemblablement celle du fameux Saint Nicolas, célèbre évêque du 4ème siècle ayant officié dans cette région et à qui la légende attribue un certain nombre de miracles, notamment la résurrection d’enfants, notamment de trois écoliers qu’à en croire Saint Bonaventure (Père de L’Église), un boucher sans scrupule avait découpé et mis au saloir pour les accommoder en pot-au-feu… (2ème « Sermo de S Nicolao » qui, soit dit en passant, mentionne deux étudiants de riches familles duo scholares nobiles et divites– et non pas trois bambins comme l’imagerie populaire le relate généralement).

C’est du reste sous l’église Saint Nicolas que la tombe a été trouvée, mais en elle-même cette circonstance n’a rien de probant quant à l’identité du défunt, car cette église a sans doute servi de dernière demeure à bien d’autres personnages, comme ce fut la coutume funéraire pendant des siècles.

L'église Saint Nicolas à Demre
L’église Saint Nicolas à Demre

Saint Nicolas, Père Noël avant la lettre, ou selon les écritures ?

De son vivant, Saint Nicolas s’était déjà forgé une solide réputation de bienfaiteur pour sa générosité envers les nécessiteux. La légende dorée du saint rapporte aussi qu’il jetait des pièces d’or par la cheminée de chaumières dont le maître de maison n’avait pas de quoi doter ses filles à marier. Sous l’avatar du Père Noël, son tropisme pour les cheminées ne se démentira pas !

Selon la doxa officielle, Saint Nicolas serait un des principaux modèles ayant inspiré le mythe moderne du Père Noël, d’abord sur la base d’un récit de l’écrivain américain Washington Irving paru en 1809 (« Knickerbocker’s History of New York », publié sous le pseudonyme de Diedrich Knickerbocker), puis d’un poème de Clement Moore paru en 1823, illustré par Thomas Nast.

Washington Irving
Washington Irving

Le récit de Washington Irving se présente comme un recueil moralisateur d’anecdotes plus ou moins imaginaires sur les pionniers fondateurs de la Ville de New York, qui cultivaient semble-t-il une grande dévotion à Saint Nicolas, au point d’en avoir fait la proue de leur bateau. Plusieurs brefs passages font référence au saint dans sa fonction de dispensateur de cadeaux. L’auteur l’évoque notamment dans quelques lignes du chapitre IX, où apparaissent déjà plusieurs éléments fortement agrégés à l’imagerie traditionnelle du Père Noël, comme la cheminée ou l’accrochage, la veille au soir, d’un bas de laine (plus tard, une chaussure) que l’on trouvera miraculeusement remplie de cadeaux le lendemain matin :

« Très tôt fut instituée cette pieuse cérémonie, toujours observée dans toutes nos anciennes bonnes familles, consistant à suspendre un bas dans la cheminée la veille de la Saint-Nicolas ; ce bas se trouve toujours le matin miraculeusement rempli, car le bon Saint-Nicolas a toujours été un grand donateur de cadeaux, en particulier aux enfants »

At this early period was instituted that pious ceremony, still religiouslyobserved in all our ancient families of the right breed, of hanging up astocking in the chimney on St. Nicholas Eve; which stocking is alwaysfound in the morning miraculously filled; for the good St. Nicholas hasever been a great giver of gifts, particularly to children. Ref.

Clement Moore est-il le éritable auteur de « A Visit from St. Nicholas » ?

Le poème de Clement Moore est plus explicite. Il est connu sous plusieurs intitulés (« A Visit from St. Nicholas », « The Night Before Christmas » ou « Twas the Night Before Christmas »), et raconte en substance qu’une nuit la veille de Noël, alors que sa femme et ses enfants dorment, un père de famille se réveille et regarde dehors par la fenêtre. Il voit alors personnage –en qui il reconnaît immédiatement Saint Nicolas– voguant en l’air dans un traîneau tiré par huit rennes. Après avoir posé son traîneau sur le toit, le saint entre dans la maison par la cheminée, portant un gros sac de jouets. Le père voit le saint remplir les bas de Noël de ses enfants, suspendus au coin du feu. Les deux hommes partagent ensuite un petit moment de convivialité avant que le saint reparte par la cheminée. Alors qu’il s’envole, le saint lance un « joyeux Noël et une bonne nuit à tous ». Ref.

Ce poème livre quelques détails supplémentaires intéressants, comme le nom des huit rennes formant l’attelage de Saint Nicolas (par ordre de citation : Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Donder et Blitzen), ou encore l’aspect sous lequel le saint apparaît au père de famille : un « bon vieil elfe grassouillet et dodu ». Surtout, il confirme incidemment que la tradition d’accrocher des bas à la cheminée en attendant le passage de Saint Nicolas était déjà bien établie lors de la parution du poème, comme l’indiquent ces deux vers :

« The stockings were hung by the chimney with care / In hopes that St. Nicholas soon would be there » (les bas avaient été pendus avec soin à la cheminée, en espérant que Saint Nicolas serait bientôt là).

Cela étant, ni le récit d’Irving, ni le poème de Moore ne fondent le mythe du Père Noël, dispensateur de cadeaux : tout au contraire, ils ne font qu’attribuer à Saint Nicolas cette fonction déjà assumée depuis bien longtemps par plusieurs autres entités dans différents folklores et récits populaires de la vieille Europe, en particulier en Angleterre (où on signale un Father Christmas dès le 15ème siècle), dans les légendes germaniques ou dans des récits scandinaves. Le Père Noël est assimilé à « Santa Claus » dans maintes traditions, l’imagerie générale des deux personnages présentant plusieurs traits communs : aspect âgé, costume rouge à bordures blanches, longue barbe blanche,  bonnet (ou mitre, selon le cas), …

Un faux air de famille …

Dans le calendrier liturgique chrétien, Saint Nicolas est fêté le 6 décembre, donc un peu plus tôt que le Père Noël lui-même, mais ces deux représentations sont liées à la période solsticiale d’hiver et aux festivités ancestrales célébrant le retour de la lumière et la renaissance du soleil.

A ce titre, Saint Nicolas est-il l’ancêtre du Père Noël, ou plutôt une de ses nombreuses manifestations ? Question classique mais sans réponse de la poule et de l’œuf, itérative dans la généalogie des entités astrales…

Saint Nicolas trahi par des dénonciateurs anonymes …

Le lien de filiation entre Saint Nicolas et le Père Noël, tel qu’il a été divulgué par Washington Irving puis par Clement Moore, était-il si scandaleux pour qu’à l’époque, ces deux auteurs américains aient préféré se retrancher derrière l’anonymat pour en faire état ? Leur récit livrerait-il quelque clé occulte qui leur imposait, sinon le silence, tout au moins la prudence ? Cette question n’a encore jamais été posée dans la très abondante littérature consacrée à la naissance du Père Noêl

Les circonstances de la publication de l’ouvrage d’Irving n’ont pourtant rien d’anodin, puisque l’éditeur a prétendu qu’il s’agissait d’un recueil de « nombreux détails curieux et intéressants, jamais publiés auparavant, et qui proviennent de divers manuscrits et autres sources authentifiées, le tout étant parsemé de spéculations philosophiques et de préceptes moraux », retrouvés dans la chambre d’un vieux monsieur, un certain Diedrich Knickerbocker, qui aurait soudainement disparu… la publication de ses papiers étant censée payer les dettes qu’il aurait laissées avant de disparaître ! Le messager disparu, le message peut donc prospérer.

Diedrich Knickerbocker : This work was found in the chamber of Mr. Diedrich Knickerbocker, the old gentleman whose sudden and mysterious disappearance has been noticed. It is published in order to discharge certain debts he has left behind Ref.

Henry Livingston Junior, auteur véritable du poème attribué à Clement Moore ?

Même discrétion chez Moore, dont le prétendu poème a été publié la première fois de manière anonyme dans le Troy, New York Sentinel du 23 décembre 1823, et a été réimprimé par la suite à plusieurs reprises sans mention d’auteur. Le poème n’a été attribué à Moore qu’en 1837, et si cet auteur en a finalement admis la paternité en 1844 (soit 21 ans après la première parution), plusieurs autres écrivains l’avaient revendiqué entre-temps ; sur la base d’indices très sérieux, plusieurs spécialistes l’attribuent d’ailleurs à un autre poète, Henry Livingston Junior (1748-1828), qui avait coutume de publier ses poèmes sans mention d’auteur, et dont les enfants ont confirmé l’avoir entendu de la bouche de leur père dès 1807.

La tombe, un vrai cadeau du Père Noël !

Père Noël ou Saint Nicolas, une confirmation officielle de la découverte turque serait un présent du ciel pour le tourisme à Demre, ville qui s’honorait déjà d’un « St Nicholas Museum » (en fait, l’ancienne église Saint Nicolas), rebaptisé « Musée du Père Noël ».

Carol Meyers
Carol Meyers

Même si l’authenticité de cette tombe est à prendre avec des pincettes, comme l’a déclaré au National Geographic Carol Meyers, la fondatrice et dubitative animatrice du site Internet stnicholascenter.org : « Si des reliques sont trouvées, elles devraient être datées et examinées par des experts internationaux. Les Turcs sont bien sûr très intéressés par la promotion du tourisme ». Les chercheurs eux-mêmes ont reconnu que la découverte pouvait avoir des retombées très positives sur le tourisme de la région.

La nouvelle a également provoqué un certain émoi à Bari, ville italienne qui revendique elle aussi la tombe de Saint Nicolas ou, plus précisément, le caveau où sa dépouille aurait été transférée par des marchands ou des marins italiens en 1087, dans la Basilique Saint-Nicolas. Mais cette attribution est elle-même contestée, car à en croire une chronique publiée en 2012, les restes du saint auraient été transférés en Irlande, près de l’abbaye de Jerpoint dans le Comté de Kilkenny, soit par des croisés, soit -selon une autre version- par un certain Nicholas De Frainet, descendant d’une vieille famille française de chevaliers, qui possédaient des terres dans la région.

La tombe irlandaise de Saint Nicolas

Là encore, il y a des intérêts touristiques en jeu, car comme le rapporte sans ambage le chroniqueur, ce tombeau « est l’un des principaux trésors du pays […] Cette région a cruellement besoin d’un coup de pouce touristique et d’un peu d’argent. La réponse est là […] ».

Sans oublier d’autres restes de l’évêque (des « reliques », selon la terminologie religieuse) qui reposeraient dans l’église San Nicolo de Venise mais s’agit-il du même saint, ou d’un homonyme ?), et dans différentes églises en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, au Danemark, en France, en Russie et dans bien d’autres pays d’Europe, ainsi qu’aux États-Unis et même au Canada : de quoi conférer à cet antique prélat une large présence géographique et astrale dans tout le monde chrétien. Diviser pour mieux régner, telle pourrait être la devise des reliques épiscopales !

Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l'église italienne de Bari
Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l’église italienne de Bari

En définitive, la médecine légale ou mieux, des analyses d’ADN, seraient les mieux aptes à établir la filiation et les circonstances du décès de Saint Nicolas et de son fils putatif, le Père Noël

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Allghoi khorkhoi : vous reprendrez bien un ver ?

Vous avez aimé le sour, ce mystérieux et malfaisant animal évoqué dans un précédent post de Carmen Galli ? Alors vous adorerez l’allghoi khorkhoi, ou « vers tueur du désert de Gobi », qui rappelle en plus maléfique le sour occidental… Il est redouté des Mongols au point que même sa simple évocation porterait malheur !

Un dangereux cryptide hantant le Désert du Gobi

L'AllghoikhorkhoiL’Allghoikhorkhoi, d’après le peintre belge Pieter Dirk

D’après Wikipédia, l’Allghoi khorkhoi (article Olgoï-Khorkhoï) ou « ver-intestin » serait un cryptide (à savoir : « un animal dont l’existence n’est étayée par aucune preuve matérielle » – sic), censé vivre en Mongolie dans le fameux désert de Gobi. Comme le relève l’encyclopédie online, il n’existe, certes, aucune preuve matérielle indiscutée de l’authenticité de ce supposé animal, mais la cryptozoologie lui attribue un certain nombre de caractéristiques bien précises déduites de nombreux récits.

Une créature malfaisante et dangereuse

L’Allghoi khorkhoi mesurerait entre 60 cm et 90 cm de long pour un diamètre d’environ 20 cm ; sa tête et sa queue seraient indistinctes : on ne pourrait donc voir ni ses yeux, ni sa bouche, ni ses narines (à supposer qu’il respire). Autre élément caractéristique, l’animal serait de couleur rouge sang.
Selon différents témoignages, il serait attiré par la couleur jaune et ne sortirait qu’au début de l’été, ou lorsque le sol est humide. Il évoluerait en rampant ou en glissant un peu comme un serpent.
Les Mongols prêtent à l’Allghoi khorkhoi un caractère agressif et dangereux. Selon eux, il est capable de tuer en projetant à distance un poison mortel (qu’il se secréterait lui-même, ou qu’il produirait par ingestion de plantes toxiques), mais d’autres disent qu’il tue par décharge électrique, la mort étant dans tous les cas quasi-instantanée.

Plusieurs expéditions, jusqu’à présent infructueuses

Roy Chapman Andrews
Roy Chapman Andrews

En Europe, l’Allghoi khorkhoi a été signalé pour la première fois en 1926 par un explorateur et aventurier américain, Roy Chapman Andrews, dans son livre On the Trail of Ancient Man. L’auteur, qui souhaitait monter une expédition en Mongolie et avait fait miroiter au Gouvernement mongol la possibilité de capturer un exemplaire du mystérieux ver (désigné dans l’ouvrage sous le nom de « altergorhai-horhai », reste toutefois réservé sur son existence réelle :

L(ouvrage de Chapman
L’ouvrage de Chapman

« Le premier ministre m’a demandé si c’était possible que je capture pour le gouvernement mongol un spécimen de l’altergorhai-horhai. Je doute que l’un de mes lecteurs scientifiques puisse identifier cet animal, mais j’ai répondu que oui, parce que j’en avais souvent entendu parler. Aucune des personnes présentes n’avait jamais vu la créature, mais tous croyaient fermement en son existence et la décrivaient minutieusement. Il a la forme d’une saucisse d’environ deux pieds de long, n’a ni tête ni jambes et il est tellement toxique que le simple fait de le toucher signifie une mort instantanée. Il vit dans les zones les plus désolées du désert de Gobi […] Le premier ministre déclara que, même s’il ne l’avait jamais vu lui-même, il connaissait un homme qui l’avait vu et qui avait survécu pour raconter l’histoire. Un membre du Cabinet déclara que ” le cousin de la sœur de sa défunte épouse ” l’avait également vu. J’ai promis de ramener l’altergorhai-horhai si nous devions par hasard croisé son chemin, expliquant comment l’attraper au moyen de longues pinces en acier ; de plus, je porterais des lunettes noires afin de neutraliser les effets désastreux rien que de voir une créature si toxique. La réunion s’est terminée avec optimisme; car nous avions un intérêt commun à capturer l’altergorhai-horhai : maintenant les portes de la Mongolie extérieure étaient ouvertes à mon expédition … ».

Ivan Mackerle

Bien plus récemment, un aventurier tchèque passionné de cryptozoologie, Ivan Mackerle, s’est lui-aussi lancé à la recherche de l’Allghoi khorkhoi, avec beaucoup plus de moyens mais sans plus de succès que ses devanciers. On trouve la biographie et le récit des expéditions de Mackerle sur nombre de sites spécialisés, ce qui dispensera d’en redonner le détail (cf. par exemple l’article obituaire publié en 2013 par le site Cryptozoonews après la mort de Mackerle).

Ivan Yefremov
Ivan Yefremov

En fait, Mackerle avait entendu parler du ver quand il était jeune, dans un récit romancé d’un paléontologue russe, Yvan Yefremov. Il avait d’abord pensé que c’était de la pure science-fiction mais il changea d’avis à l’université, quand un de ses compagnons, un étudiant mongol, lui dit connaître la créature avant de lui en faire l’étrange description.
Dans les années 1990-2000, après la fameuse Révolution de velours et la plus grande ouverture des anciens satellites de l’ex URSS, Mackerle put ainsi effectuer trois expéditions en Mongolie et parcourir le Gobi de long en large, par voie terrestre ou avec un ULM.
S’il n’a pas trouvé le mystérieux vers, il a revanche réuni un grand nombre de récits et de rumeurs colportés par des bergers nomades, consignés à son retour dans différents articles. Ainsi, lors d’une de ses expéditions, un de ses guides mongols lui affirma avoir personnellement connu un jeune homme qui avait été tué par le ver…

Quelques pistes de réflexion zoologique

De toute evidence, l’Allghoi khorkhoi n’est ni un poisson (c’est une créature terrestre), ni un oiseau, ni un mammifère. D’autres indices écartent aussi l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un reptile apode (serpent ou orvet), ni même d’un amphibien (à la différence du sour, en lequel beaucoup ne voient –sans doute à tort- qu’une espèce de salamandre) : sa conformation générale, l’indifférenciation entre sa bouche et son anus, le fait qu’il soit clairement identifié par les Mongols comme un ver, etc… Surtout, un récit rapporte qu’on peut tuer un Allghoi khorkhoi en lui assénant sur le corps un violent coup de gourdin, ce qui le fait éclater comme une baudruche répandant un magma graisseux qui se résorbe dans le sable en y laissant une tache sombre. Ni ossements, ni résidus tégumentaires : c’est la preuve qu’il ne s’agit pas d’un vertébré, ni de tout autre invertébré doté de carapace (un insecte ou un mille-pattes) ou de coquille (genre escargot).

Sauf à admettre qu’il s’agirait de la monstrueuse larve (type chenille) d’un insecte géant lui-même non identifié, l’Allghoi khorkhoi appartiendrait alors nécessairement aux invertébrés terrestres (mollusque genre limace géante, annelidé terrestre géant…), dont il serait du reste le plus grand spécimen connu. Il pourrait, par exemple, s’apparenter à cette répugnante sangsue sylvestre géante, découverte il y a relativement peu à Bornéo (en anglais, la « Red Giant Leech », dont la taille peut dépasser 50 cm).

Mais à vrai dire, du strict point de vue zoologique, aucune de ces hypothèses n’emporte la conviction : en définitive, l’Allghoi khorkhoi n’a guère d’homologue terrestre.

En revanche, il pourrait vaguement rappeler certains invertébrés marins, comme Eunice aphroditois (« Bobbit worm » en anglais), cet impressionnant ver aquatique venimeux de couleur brun-rouge, dont la longueur peut atteindre jusqu’à 3 mètres, et dont le mode d’attaque, par irruption soudaine du sol quand sa proie passe au dessus, évoque celui de son lointain cousin mongol…

Mais la comparaison, purement formelle, s’arrête là, et avec elle, toute référence zoologique pertinente.

Une entité astrale bien caractérisée

Si la preuve scientifique de l’existence matérielle de l’étrange créature reste donc à rapporter, sa réalité cryptozoologique ne fait pas le moindre doute : l’Allghoi khorkhoi est non seulement partie intégrante des représentations mentales des éleveurs nomades de cette partie désertique de l’Asie centrale, mais surtout, il se rattache à un vaste tronc commun de cryptides assez similaires, nourri de traditions et de légendes populaires très anciennes et dont les auteurs de science-fiction ont décliné plusieurs variations récentes fort révélatrices.

Affaire à suivre…

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