Corona virus : Big Bang ou Bong Bong ?

« On n’avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir… […] Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d’hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s’est calmé. Et étrangement, on a oublié » …

Un phénomène épidémiologique mal cerné : l’amnésie collective

Le Pr. Pierre Dellamonica, aujourd’hui Professeur émérite de l’Université Côte d’Azur, consultant en infectiologie et ancien Chef du service d’infectiologie du CHU de Nice, a livré ce macabre témoignage vécu au journal Libération dans un article de Corinne Bensimon sur La France grippée, publié non pas en 2020, mais en décembre 2005 Ref.

Alors jeune externe à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon, cet éminent spécialiste avait été brutalement confronté à la pandémique « Grippe de Hong Kong », qui a sévi en 1968-1969. Cinquante ans plus tard, qui se souvient des ravages qu’elle a provoqués ? Pourtant, pour paraphraser Jean de La Fontaine dans ses Animaux malades de la peste, ils n’en mouraient pas tous, mais (presque) tous étaient frappés : d’après les statistiques les plus autorisées, cette pernicieuse maladie aurait en effet touché environ 3,5 milliards de personnes sur la planète et tué entre 1 et 4 millions de malades dans le monde, dont environ 50 000 aux États-Unis et entre 17 000 (décès directs) et 31 000 en France Ref.

Titus Lucretius Carus, dit Lucrèce
Titus Lucretius Carus, dit Lucrèce (1er s. av . JC)

La grippe de Hong Kong n’était pas la première du genre, loin de là : elle s’inscrit dans la lignée ininterrompue des fléaux épidémiques (jadis désignés sous le terme générique de pestes) s’abattant de temps à autres sur l’humanité au gré des déplacements des hommes et des airs. Sont-ils « De la nature des choses » ?, comme l’avance le poète et philosophe latin Lucrèce dans son saisissant tableau de l’affreuse Peste d’Athènes, qui, aux alentours de 430 av. JC, emporta Périclès et avec lui le quart de la population d’une ville comptant alors plus de 100 000 habitants :

« Maintenant, je dirai les fièvres et les pestes,
« Quel morbide pouvoir, quels miasmes funestes,
« Portent soudain la mort dans les rangs des vivants.
« […] selon la changeante atmosphère.
« Souvent, hélas! un ciel, qui du nôtre diffère,
« Se déplace et vers nous glisse, brouillard rampant ;
« De proche en proche, un souffle ennemi se répand […]
« Partout en un moment le virus propagé […]
« S’il s’échappe dans l’air, l’air même nous le rend :
« Le mélange nous baigne, et, rien qu’en respirant,
« Force est d’en absorber les ondes purulentes […]
« Un air nouveau pour nous, hôte pernicieux,
« D’une irruption brusque infecte au loin nos cieux…

In DE RERUM NATURA, traduction en vers par André LEFÈVRE, 1899

Mais qu’une nouvelle pandémie survienne -c’est hélas le cas périodiquement- et l’on constate avec étonnement et inquiétude l’impréparation, l’inorganisation et le désemparement des sociétés face à un péril auquel elles sont pourtant régulièrement confrontées.

On sait que certains virus -celui de la rougeole, notamment- peuvent provoquer chez certains patients une « amnésie immunitaire massive et virtuelle » qui induit une régression majeure de tous leurs systèmes de défense et les exposent à de nouvelles pathologie Ref. Mais à leurs effets individuels (la fièvre, les problèmes respiratoires et toutes sortes d’autres complications médicales), certains virus pandémiques du genre « pestes et grippes » n’ajouteraient-ils pas un effet collectif incident, non pas de surprise, mais plutôt d’amnésie immunitaire conduisant les sociétés à ne pas suffisamment se préparer aux attaques suivantes ?

Au côté des biologistes, des généticiens et des épidémiologistes, c’est une question troublante que les sociologues et tous les responsables publics concernés devraient peut-être à mettre à l’étude, afin de déterminer et de mieux préparer les réponses collectives appropriées.

Corona virus est-il la réincarnation de Mr Bong Bong ?

La pochette du disque Mr. Bong Bong (Yves Lemieux)
La pochette du disque Mr. Bong Bong

Par chance, l’oubli n’est jamais total. On se rappellera notamment que le virus parti de Hong Kong en 1968 s’appelait en réalité Mr Bong Bong, à en croire cette incontournable chanson à succès du chanteur québécois Yves Lemieux :

« Monsieur Bong Bong
« Qui vient de Hong Kong kong
« Il nous a fait un beau cadeau oh oh
« On te la donne la grippe qui cogne
« Chez_nous on l’a eu et en veut plus
« En débarquant il avait la grippe
« Nous on s’est dit c’t’un rhume de cerveau
« On se doutait pas que ce petit homme là
« Allait causer tant de tracas » … 

Mr Bong Bong, après un certain temps de latence, s’est-il réincarné dans Corona virus pour, à nouveau, « causer tant de tracas » au monde entier ? Les ésotéristes ne manqueront pas de rappeler, à cet égard, combien les entités astrales et les égrégores sont enclines à se répliquer et à muter, fâcheuse propension qu’elles partagent non seulement avec les virus, mais également avec les fausses informations (enclines, elles-aussi, à devenir virales…).

… ou bien la mutation imprévue d’un œuf de Pâques ?

Concernant l’origine de l’épidémie de COVID-19, la thèse largement majoritaire est que le virus a été transmis à l’homme par un animal en vente sur le marché chinois de Wuhan, probablement un pangolin, une chauve-souris ou une civette.

Jeu de mots sur les bières Corona et Brinkhoff’s : « n’attapez pas le Corona, prenez une Brinkhoff’s »

Toutefois, certains, férus d’homonymie (et de jeux de mots faciles), ont lâchement insinué que le virus pourrait avoir partie liée avec la fameuse bière mexicaine Corona Ref.

Timbre émis en 1978 par la RDA

D’autres, qu’il se serait disséminé depuis le mythique royaume Corona de la Princesse Raiponce Ref, alias la Rapunzel d’un conte des Frères Grimm paru en 1812, sérieusement reliftée en 2010 dans un film d’animation des Studios Disney; le fait que cette jeune fille ait été recluse de force -on dirait aujourd’hui confinée- pendant des années par une méchante sorcière doit sans doute y être pour quelque chose !

Et si l’animal responsable était tout simplement une Poule en chocolat (Haro sur le baudet, dixit La Fontaine), via la mutation totalement improbable d’un Œuf de Pâques ?

C’est en tout cas ce que pourrait suggérer l’initiative décalée d’un pâtissier breton de la commune de Landivisiau, concepteur d’un étonnant Corona virus en chocolat Ref.

Corona virus en chocolat... on s'en régale d'avance !
Corona virus en chocolat… on s’en régale d’avance ! (photo AFP)

On y verra peut-être un nouvel indice de cette « mutation discrète dans les pratiques pascales » que relevait Carmen Galli dans une précédente chronique… ?

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