Père Noël : une tombe peut en cacher une autre…

On dit qu’il habiterait en Finlande, en Laponie, au Pôle Nord… Mais décidément plein de ressources, le Père Noël dispose aussi d’une tombe en Turquie !

Le Père Noël est-il enterré à Demre, en Turquie ?

Le tombeau présumé du Père Noël
Le tombeau présumé du Père Noël

C’est en tout cas ce qu’a titré la presse relatant, photos à l’appui, la découverte en 2017 du vénérable caveau sous une église de l’actuelle ville turque de Demre (l’ancienne Myra), dans la province d’Antalya. Qu’importe : mort et enterré, ou trônant vivant au milieux de ses rennes et de ses lutins au Pôle Nord, le Père Noël n’en est pas à une manifestation paradoxale près ! (le polymorphisme et la mutabilité sont des attributs classiques de toute bonne entité astrale).

Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités
Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités. Le baquet du saloir rappelle l’image traditionnelle de la hotte du Père Noël

En fait, la tombe découverte serait plus (in)vraisemblablement celle du fameux Saint Nicolas, célèbre évêque du 4ème siècle ayant officié dans cette région et à qui la légende attribue un certain nombre de miracles, notamment la résurrection d’enfants, notamment de trois écoliers qu’à en croire Saint Bonaventure (Père de L’Église), un boucher sans scrupule avait découpé et mis au saloir pour les accommoder en pot-au-feu… (2ème « Sermo de S Nicolao » qui, soit dit en passant, mentionne deux étudiants de riches familles duo scholares nobiles et divites– et non pas trois bambins comme l’imagerie populaire le relate généralement).

C’est du reste sous l’église Saint Nicolas que la tombe a été trouvée, mais en elle-même cette circonstance n’a rien de probant quant à l’identité du défunt, car cette église a sans doute servi de dernière demeure à bien d’autres personnages, comme ce fut la coutume funéraire pendant des siècles.

L'église Saint Nicolas à Demre
L’église Saint Nicolas à Demre

Saint Nicolas, Père Noël avant la lettre, ou selon les écritures ?

De son vivant, Saint Nicolas s’était déjà forgé une solide réputation de bienfaiteur pour sa générosité envers les nécessiteux. La légende dorée du saint rapporte aussi qu’il jetait des pièces d’or par la cheminée de chaumières dont le maître de maison n’avait pas de quoi doter ses filles à marier. Sous l’avatar du Père Noël, son tropisme pour les cheminées ne se démentira pas !

Selon la doxa officielle, Saint Nicolas serait un des principaux modèles ayant inspiré le mythe moderne du Père Noël, d’abord sur la base d’un récit de l’écrivain américain Washington Irving paru en 1809 (« Knickerbocker’s History of New York », publié sous le pseudonyme de Diedrich Knickerbocker), puis d’un poème de Clement Moore paru en 1823, illustré par Thomas Nast.

Washington Irving
Washington Irving

Le récit de Washington Irving se présente comme un recueil moralisateur d’anecdotes plus ou moins imaginaires sur les pionniers fondateurs de la Ville de New York, qui cultivaient semble-t-il une grande dévotion à Saint Nicolas, au point d’en avoir fait la proue de leur bateau. Plusieurs brefs passages font référence au saint dans sa fonction de dispensateur de cadeaux. L’auteur l’évoque notamment dans quelques lignes du chapitre IX, où apparaissent déjà plusieurs éléments fortement agrégés à l’imagerie traditionnelle du Père Noël, comme la cheminée ou l’accrochage, la veille au soir, d’un bas de laine (plus tard, une chaussure) que l’on trouvera miraculeusement remplie de cadeaux le lendemain matin :

« Très tôt fut instituée cette pieuse cérémonie, toujours observée dans toutes nos anciennes bonnes familles, consistant à suspendre un bas dans la cheminée la veille de la Saint-Nicolas ; ce bas se trouve toujours le matin miraculeusement rempli, car le bon Saint-Nicolas a toujours été un grand donateur de cadeaux, en particulier aux enfants »

At this early period was instituted that pious ceremony, still religiouslyobserved in all our ancient families of the right breed, of hanging up astocking in the chimney on St. Nicholas Eve; which stocking is alwaysfound in the morning miraculously filled; for the good St. Nicholas hasever been a great giver of gifts, particularly to children. Ref.

Clement Moore est-il le éritable auteur de « A Visit from St. Nicholas » ?

Le poème de Clement Moore est plus explicite. Il est connu sous plusieurs intitulés (« A Visit from St. Nicholas », « The Night Before Christmas » ou « Twas the Night Before Christmas »), et raconte en substance qu’une nuit la veille de Noël, alors que sa femme et ses enfants dorment, un père de famille se réveille et regarde dehors par la fenêtre. Il voit alors personnage –en qui il reconnaît immédiatement Saint Nicolas– voguant en l’air dans un traîneau tiré par huit rennes. Après avoir posé son traîneau sur le toit, le saint entre dans la maison par la cheminée, portant un gros sac de jouets. Le père voit le saint remplir les bas de Noël de ses enfants, suspendus au coin du feu. Les deux hommes partagent ensuite un petit moment de convivialité avant que le saint reparte par la cheminée. Alors qu’il s’envole, le saint lance un « joyeux Noël et une bonne nuit à tous ». Ref.

Ce poème livre quelques détails supplémentaires intéressants, comme le nom des huit rennes formant l’attelage de Saint Nicolas (par ordre de citation : Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Donder et Blitzen), ou encore l’aspect sous lequel le saint apparaît au père de famille : un « bon vieil elfe grassouillet et dodu ». Surtout, il confirme incidemment que la tradition d’accrocher des bas à la cheminée en attendant le passage de Saint Nicolas était déjà bien établie lors de la parution du poème, comme l’indiquent ces deux vers :

« The stockings were hung by the chimney with care / In hopes that St. Nicholas soon would be there » (les bas avaient été pendus avec soin à la cheminée, en espérant que Saint Nicolas serait bientôt là).

Cela étant, ni le récit d’Irving, ni le poème de Moore ne fondent le mythe du Père Noël, dispensateur de cadeaux : tout au contraire, ils ne font qu’attribuer à Saint Nicolas cette fonction déjà assumée depuis bien longtemps par plusieurs autres entités dans différents folklores et récits populaires de la vieille Europe, en particulier en Angleterre (où on signale un Father Christmas dès le 15ème siècle), dans les légendes germaniques ou dans des récits scandinaves. Le Père Noël est assimilé à « Santa Claus » dans maintes traditions, l’imagerie générale des deux personnages présentant plusieurs traits communs : aspect âgé, costume rouge à bordures blanches, longue barbe blanche,  bonnet (ou mitre, selon le cas), …

Un faux air de famille …

Dans le calendrier liturgique chrétien, Saint Nicolas est fêté le 6 décembre, donc un peu plus tôt que le Père Noël lui-même, mais ces deux représentations sont liées à la période solsticiale d’hiver et aux festivités ancestrales célébrant le retour de la lumière et la renaissance du soleil.

A ce titre, Saint Nicolas est-il l’ancêtre du Père Noël, ou plutôt une de ses nombreuses manifestations ? Question classique mais sans réponse de la poule et de l’œuf, itérative dans la généalogie des entités astrales…

Saint Nicolas trahi par des dénonciateurs anonymes …

Le lien de filiation entre Saint Nicolas et le Père Noël, tel qu’il a été divulgué par Washington Irving puis par Clement Moore, était-il si scandaleux pour qu’à l’époque, ces deux auteurs américains aient préféré se retrancher derrière l’anonymat pour en faire état ? Leur récit livrerait-il quelque clé occulte qui leur imposait, sinon le silence, tout au moins la prudence ? Cette question n’a encore jamais été posée dans la très abondante littérature consacrée à la naissance du Père Noêl

Les circonstances de la publication de l’ouvrage d’Irving n’ont pourtant rien d’anodin, puisque l’éditeur a prétendu qu’il s’agissait d’un recueil de « nombreux détails curieux et intéressants, jamais publiés auparavant, et qui proviennent de divers manuscrits et autres sources authentifiées, le tout étant parsemé de spéculations philosophiques et de préceptes moraux », retrouvés dans la chambre d’un vieux monsieur, un certain Diedrich Knickerbocker, qui aurait soudainement disparu… la publication de ses papiers étant censée payer les dettes qu’il aurait laissées avant de disparaître ! Le messager disparu, le message peut donc prospérer.

Diedrich Knickerbocker : This work was found in the chamber of Mr. Diedrich Knickerbocker, the old gentleman whose sudden and mysterious disappearance has been noticed. It is published in order to discharge certain debts he has left behind Ref.

Henry Livingston Junior, auteur véritable du poème attribué à Clement Moore ?

Même discrétion chez Moore, dont le prétendu poème a été publié la première fois de manière anonyme dans le Troy, New York Sentinel du 23 décembre 1823, et a été réimprimé par la suite à plusieurs reprises sans mention d’auteur. Le poème n’a été attribué à Moore qu’en 1837, et si cet auteur en a finalement admis la paternité en 1844 (soit 21 ans après la première parution), plusieurs autres écrivains l’avaient revendiqué entre-temps ; sur la base d’indices très sérieux, plusieurs spécialistes l’attribuent d’ailleurs à un autre poète, Henry Livingston Junior (1748-1828), qui avait coutume de publier ses poèmes sans mention d’auteur, et dont les enfants ont confirmé l’avoir entendu de la bouche de leur père dès 1807.

La tombe, un vrai cadeau du Père Noël !

Père Noël ou Saint Nicolas, une confirmation officielle de la découverte turque serait un présent du ciel pour le tourisme à Demre, ville qui s’honorait déjà d’un « St Nicholas Museum » (en fait, l’ancienne église Saint Nicolas), rebaptisé « Musée du Père Noël ».

Carol Meyers
Carol Meyers

Même si l’authenticité de cette tombe est à prendre avec des pincettes, comme l’a déclaré au National Geographic Carol Meyers, la fondatrice et dubitative animatrice du site Internet stnicholascenter.org : « Si des reliques sont trouvées, elles devraient être datées et examinées par des experts internationaux. Les Turcs sont bien sûr très intéressés par la promotion du tourisme ». Les chercheurs eux-mêmes ont reconnu que la découverte pouvait avoir des retombées très positives sur le tourisme de la région.

La nouvelle a également provoqué un certain émoi à Bari, ville italienne qui revendique elle aussi la tombe de Saint Nicolas ou, plus précisément, le caveau où sa dépouille aurait été transférée par des marchands ou des marins italiens en 1087, dans la Basilique Saint-Nicolas. Mais cette attribution est elle-même contestée, car à en croire une chronique publiée en 2012, les restes du saint auraient été transférés en Irlande, près de l’abbaye de Jerpoint dans le Comté de Kilkenny, soit par des croisés, soit -selon une autre version- par un certain Nicholas De Frainet, descendant d’une vieille famille française de chevaliers, qui possédaient des terres dans la région.

La tombe irlandaise de Saint Nicolas

Là encore, il y a des intérêts touristiques en jeu, car comme le rapporte sans ambage le chroniqueur, ce tombeau « est l’un des principaux trésors du pays […] Cette région a cruellement besoin d’un coup de pouce touristique et d’un peu d’argent. La réponse est là […] ».

Sans oublier d’autres restes de l’évêque (des « reliques », selon la terminologie religieuse) qui reposeraient dans l’église San Nicolo de Venise mais s’agit-il du même saint, ou d’un homonyme ?), et dans différentes églises en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, au Danemark, en France, en Russie et dans bien d’autres pays d’Europe, ainsi qu’aux États-Unis et même au Canada : de quoi conférer à cet antique prélat une large présence géographique et astrale dans tout le monde chrétien. Diviser pour mieux régner, telle pourrait être la devise des reliques épiscopales !

Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l'église italienne de Bari
Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l’église italienne de Bari

En définitive, la médecine légale ou mieux, des analyses d’ADN, seraient les mieux aptes à établir la filiation et les circonstances du décès de Saint Nicolas et de son fils putatif, le Père Noël

 

Six fillettes et un violoniste pétrifiés …

A Sailly-en-Ostrevent (canton de Vitry-en-Artois, à une vingtaine de kilomètres d’Arras), se dresse un singulier ensemble mégalithique, connu sous le nom de « Cromlech des Bonnettes ».

 

Le pseudo-cromlech des Bonnettes
Le pseudo-cromlech des Bonnettes (photo Wikipédia)

On connaissait dans l’Aude l’énigmatique « non-chromlech de Rennes-les-Bains », mais ces Bonnettes ont quelque chose d’encore plus étrange, non pas dans leurs dimensions des plus modestes, mais par la forme des pierres qui les composent : des sortes de crochets ou de pierres nanties de talons, sans équivalent sur d’autres sites.

L’ensemble se compose en fait de deux éléments distincts : une sorte de tertre en forme de cône tronqué d’environ 24 mètres de circonférence établi sur un terrain carré au sommet d’une éminence (soit une hauteur d’environ 7 mètres au-dessus de la plaine), et un alignement approximativement circulaire de cinq pierres en forme de menhirs crochus, d’une hauteur d’environ 80 cm. Jadis verticales, certaines penchent aujourd’hui. À l’origine, ces cinq pierres levées étaient sept (l’une d’elle demeure visible à proximité, couchée au sol ; quant à la septième, elle a disparu, peut-être volée pour servir de pierre à bâtir). La présence jadis de sept pierres ne fait aucun doute, comme en atteste l’iconographie ancienne et la toponymie, qui désigne le monument comme « les sept bonnettes » ou parfois « les sept fillettes » ou « les sept marionnettes ».

Un cromlech qui n’en est pas un

La conformation générale de l’édifice (tumulaire) et la proximité de plusieurs autres petits mégalithes dans la région (Dolmen de Hamel, Menhir de Lécluse, notamment) inciteraient à rattacher ce cromlech à la civilisation néolithique. Pourtant, les Bonnettes, par leur faible hauteur, par leur taille grossière de section quadrangulaire (environ 25 cm. de section) et par leur décrochement sommital ne furent probablement jamais de véritables menhirs ni des pierres de cromlech.

Coupe d’après Dessailly, in Bulletin de la Sté préhistorique française

Le cercle servait peut-être de support à une sorte d’estrade de bois, avec une septième pierre centrale comme renfort. Une autre hypothèse plausible est que ces pierres aient délimité une enceinte rituelle, un peu à la manière des cercles concentriques de Stonehenge. Dans cette configuration, les décrochements pourraient avoir servi de support non pas à une structure plane, mais à des linteaux disposés circulairement et qui auraient disparu depuis lors (employés comme pierre à bâtir ou à rempierrer les chemins, du fait de leur plus grande accessibilité que les montants eux-mêmes, profondément fichés dans le sol).

Cet ensemble ne mérite certainement pas son appellation de cromlech, si ce n’est que la disposition circulaire des pierres levées évoque effectivement celle des cromlechs traditionnels. Quant au tertre sur lesquelles elles sont plantées, il pourrait suggérer un tumulus, la toponymie locale –accréditée par plusieurs articles anciens d’érudits ou d’archéologues locaux‑ faisant d’ailleurs souvent référence au « tumulus de Sailly-en-Ostrevent », plutôt qu’à un cromlech.

Le tumulus des Bonnettes, d’après une illustration ancienne

Il semble attesté que le monument a servi de butte à feu ou de butte à signaux, de fanal ou de table d’orientation dès l’époque gallo-romaine et jusqu’au Bas Moyen Age. Pour le reste, plusieurs recherches sur place ont mis en évidence que le tumulus a été utilisé à des fins funéraires et sans doute rituelles, mais rien n’assure que telle était sa destination originelle. De fait, plusieurs fouilles effectuées aux 18ème et 19ème siècles (notamment celles de l’archéologue Adolphe Bréan, en 1877 Ref. qui désigne les Bonnettes sous l’appellation tumulus) ont dégagé une couche argileuse recouvrant une grande quantité de cendres humaines. Près de sa base, une galerie souterraine a été découverte, distribuant plusieurs allées, toutes remplies d’ossements humains ; mais cet ossuaire-colombarium est peut-être un remploi tardif, et pourrait même avoir été aménagé à l’époque romaine à la suite d’une sanglante bataille, pour y incinérer puis y enterrer les victimes. Ont également été mises au jour sur les flancs du tumulus, une tombe mégalithique (2 000 à 2 500 avant J.C.) et plusieurs tombes de l’âge du fer (vers 700 avant J.C.), illustrant à la fois l’ancienneté et la constance de l’usage funéraire du site mais sans caractère conclusif quant à l’intention originelle des constructeurs.

De nombreuses légendes, dont bien sûr un trésor !

Selon la légende locale, les fillettes qui auraient donné leur nom au cromlech auraient été six jeunes filles imprudentes parties danser avec un violoniste au lieu d’aller à vêpres : le courroux du ciel -ou des enfers- aurait pétrifié le groupe impie… (cette légende se retrouve sous des formes proches en maintes autres régions). On trouve sur le site de la mairie de Sailly-en-Ostrevent un récit assez pittoresque de cette singulière mésaventure :

« On raconte que sept jeunes filles, (ou peut-être bien six jeunes filles avec un violoniste) au mépris des saintes lois du dimanche, avaient l’habitude d’aller danser sur le monticule pendant les vêpres. En vain le curé avait prodigué les exhortations pour les en détourner, en vain les avait-il menacées des terribles jugements de Dieu, elles ne tinrent compte ni de ses avis, ni de ses menaces. Un jour de dimanche, elles y allèrent donc folâtrer selon leur coutume. Mais tout-à-coup, voilà que leur danse en rond est arrêtée, leurs têtes deviennent raides, leurs bras se collent à leur corps, leurs jambes s’enfoncent profondément dans le sol ; elles étaient changées en pierres… On accourut, on voulut les arracher de la terre, tout fut inutile. Une autre version dit qu’elles disparurent seulement, et qu’on ficha en terre sept pierres dans la position que chacune des pauvrettes avait occupée » Ref.

Vengeance divine, ou simple tribut au diable pour avoir construit le monument ? Un des archéologues l’ayant fouillé  relate que « la terre de la butte n’est pas tirée du sol qui l’avoisine ; on m’a fait remarquer avec mystère qu’elle n’a aucune analogie avec le terrain qui l’entoure ; qu’elle est de la plus mauvaise qualité et a dû être apportée de loin. Le fait est singulier, mais il est réel : et, s’il faut tout dire, le diable passe pour avoir apporté les matériaux du tertre qui supporte les pierres dites les Sept Bonnettes de Sailly » …

Comme bien souvent auprès des monument mégalithiques, les légendes locales attachent au cromlech la présence d’un trésor dont la recherche ne serait pas sans risques. Ainsi, d’après Mémorial historique & archéologique du département du Pas-de-Calais « … on entreprit [au 19ème s.] de fouiller cette butte par le côté, dans l’espérance d’y trouver des trésors ; mais force fut d’y renoncer, car la nuit suivante les ouvriers furent troublés chez eux par des apparitions, des visions effrayantes, et aucun d’eux ne voulut continuer l’œuvre de profanation » Ref. Dans un article de Trésors Magazine publié en 1992, François Montbouy fit le point sur les récits trésoraires locaux, concluant que « il n’est pas douteux que le Cromlech des Bonnettes et ses alentours immédiats constituent un site prometteur » pour les chercheurs de trésors.

Lapins créti(e)ns…

Une mutation discrète s’opère, dans les pratiques pascales des Français : d’après des chiffres récemment diffusés, la part des ventes de poules et d’œufs de Pâques en chocolat régresse d’année en année, au profit d’un nouveau bestiaire chocolaté où le Lapin de Pâques se taille la plus grande place !

Lièvre de Pâques en chocolat
Lièvre de Pâques en chocolat

Ce serait même désormais l’article le plus vendu, reléguant bien loin derrière lui des chocolats plus traditionnels, comme la désuète Cloche de Pâques.

Lapin Père Noël
Un audacieux « Lapin Père Noël »

Décidément, ce lapin s’invite dans plusieurs fêtes majeures, puisqu’il n’hésite pas à endosser aussi la Hotte et les bottes du Père Noël ! Y aurait-il « quelque chose qui cloche » (de Pâques…) ?

En réalité, la Bête à oreilles n’a rien d’illégitime dans le Mystère pascal. La Fête chrétienne de Pâques tombe peu ou prou aux alentours de l’équinoxe de printemps, pendant laquelle beaucoup de peuples anciens célébraient une déesse de l’amour et de la fécondité, elle-même souvent associée à l’image d’un lapin ou d’un lièvre. Le retour du printemps chaque année portait à fêter la (re)naissance de la nature et la germination des plantes, qu’évoque aussi la résurrection du Christ.

Les cultes de l’Ostara germanique ou de l’Eastre ou Eostre anglo-saxonne -divinités ayant donné leur nom à la fête de Pâques en anglais (Easter)- leur attribuaient le lièvre comme symbole, et elles sont elles-même des avatars d’autres déesses aux noms comparables, comme l’Astarté ou l’Ishtar proche-orientale.

Il est vrai qu’Astarté est une figure polyvalente ; plutôt belliqueuse pour les Sumériens, elle sera assimilée plus tard par les Gréco-romains à Aphrodite / Vénus, qui est une déesse de l’amour. L’animal totem reste pourtant le même : un lapin ou un lièvre. N’est-ce pas la réminiscence de cette origine guerrière qui porta un jour Lewis Caroll à recomposer argotiquement son étrange Lièvre de Mars ? Encore n’innovait-il pas vraiment, car on trouve dans des écrits anglais bien antérieurs un March Hare (en d’autres termes, le Lièvre d’Arès…), parèdre du Lièvre de Vénus. Quoi qu’il en soit, le lièvre-lapin reste bel et bien lié symboliquement à des cultes anciens que le christianisme tentera d’éradiquer, au point que sa capture par un chasseur était jadis une métaphore du paganisme vaincu.

Mais que diable allait-il faire dans cette garenne ?

Le chocolat pascal le plus vendu est aujourd’hui l’incontournable Lapin d’Or du fameux chocolatier Lindt. Qui a des oreilles (de lapin…) entende, cet intitulé interpelle l’Apprenti !

Le Lapin d'or, de Lindt
Le Lapin d’or, de Lindt

Le geste symbolique de ramasser un lapin -fût-il de chocolat- dans le jardin de Dame Nature n’a rien d’anodin : cela revient à « soulever un lièvre », autrement dit à mettre au jour une connaissance cachée. Car pour les alchimistes, Lièvre ou Lapin suggère l’intimité occulte de ces animaux avec les entrailles de la terre, qu’ils côtoient dans leurs terriers souterrains.

En latin, le lièvre est désigné Lepus (génitif : Leporis), dont dérive d’ailleurs un doublon français : lièvre, mais aussi lapin (avec moins de certitude pour ce second terme, d’autant que le lapin est désigné en latin sous le vocable de cuniculus). Jouant sur la consonance, les alchimistes ont discerné dans le Lièvre une évocation analogique de la matière brute, par le détour d’un jeu de mots avec la Lèpre, comme Fulcanelli le note à propos dans son Mystère des Cathédrales :

Un extrait du Mystère des Cathédrales, de Fulcanelli
Extrait du Mystère des Cathédrales

L’Adepte rappelle aussi, au même chapitre, que le « bec-de-lièvre » n’est pas qu’une infirmité physique, c’est aussi l’attribut qui permet de parler la Langue des oiseaux, ce qui n’a au fond rien d’étonnant, puisque le bec est au premier chef la bouche des volatiles.

Sur la ligne des crêtes …

Étant associés à la Fête de Pâques, les Lapins créti(e)ns sont-ils croyants ?
Et ont-ils des crêtes, ce qui les rapprocherait encore un peu plus des oiseaux ?

Sur le plan étymologie, ces questions restent posées, et l’origine du terme crétin n’y

Lapin crétin
Une beau spécimen de Lapin crétin

répond pas de manière catégorique. Certains -dont l’auguste Littré, mais après des hésitations- font en effet dériver cet adjectif de « chrétien », par le détour de patois franco-provençaux. D’autres le rattachent au terme germanique Kreide (la craie), parce que les crétins auraient en général la peau blanchâtre ; de fait, les Lapins crétins sont en général d’un blanc nacré qui ne concourt pas peu à leur aspect stupide, mais là encore, la foi chrétienne n’est pas bien loin, car au fond, il y a peu entre Kreide et Crédo ! Certains, enfin, considèrent que le crétin désigne un habitant des montagnes, donc des crêtes, sans pourtant que le rapport avec le crétinisme intellectuel soit bien établi…

Loin se s’égarer dans de telles arguties, l’Apprenti considérera surtout que les Lapins et les Lièvres à crête empruntent ce singulier attribut à d’autres animaux de la basse-cour, en l’occurrence des gallinacés comme le Coq (Gallus) et la Poule (un des principaux animaux chocolatés de Pâques, dont l’œuf est lui aussi un grand classique pascal) : Carmen Galli a déjà évoqué leurs affinités avec la Matière Première.

Une fois de plus, ces choses devaient être dites…

Il n’est pire sourd …