Allghoi khorkhoi : vous reprendrez bien un ver ?

Vous avez aimé le sour, ce mystérieux et malfaisant animal évoqué dans un précédent post de Carmen Galli ? Alors vous adorerez l’allghoi khorkhoi, ou « vers tueur du désert de Gobi », qui rappelle en plus maléfique le sour occidental… Il est redouté des Mongols au point que même sa simple évocation porterait malheur !

Un dangereux cryptide hantant le Désert du Gobi

L'AllghoikhorkhoiL’Allghoikhorkhoi, d’après le peintre belge Pieter Dirk

D’après Wikipédia, l’Allghoi khorkhoi (article Olgoï-Khorkhoï) ou « ver-intestin » serait un cryptide (à savoir : « un animal dont l’existence n’est étayée par aucune preuve matérielle » – sic), censé vivre en Mongolie dans le fameux désert de Gobi. Comme le relève l’encyclopédie online, il n’existe, certes, aucune preuve matérielle indiscutée de l’authenticité de ce supposé animal, mais la cryptozoologie lui attribue un certain nombre de caractéristiques bien précises déduites de nombreux récits.

Une créature malfaisante et dangereuse

L’Allghoi khorkhoi mesurerait entre 60 cm et 90 cm de long pour un diamètre d’environ 20 cm ; sa tête et sa queue seraient indistinctes : on ne pourrait donc voir ni ses yeux, ni sa bouche, ni ses narines (à supposer qu’il respire). Autre élément caractéristique, l’animal serait de couleur rouge sang.
Selon différents témoignages, il serait attiré par la couleur jaune et ne sortirait qu’au début de l’été, ou lorsque le sol est humide. Il évoluerait en rampant ou en glissant un peu comme un serpent.
Les Mongols prêtent à l’Allghoi khorkhoi un caractère agressif et dangereux. Selon eux, il est capable de tuer en projetant à distance un poison mortel (qu’il se secréterait lui-même, ou qu’il produirait par ingestion de plantes toxiques), mais d’autres disent qu’il tue par décharge électrique, la mort étant dans tous les cas quasi-instantanée.

Plusieurs expéditions, jusqu’à présent infructueuses

Roy Chapman Andrews
Roy Chapman Andrews

En Europe, l’Allghoi khorkhoi a été signalé pour la première fois en 1926 par un explorateur et aventurier américain, Roy Chapman Andrews, dans son livre On the Trail of Ancient Man. L’auteur, qui souhaitait monter une expédition en Mongolie et avait fait miroiter au Gouvernement mongol la possibilité de capturer un exemplaire du mystérieux ver (désigné dans l’ouvrage sous le nom de « altergorhai-horhai », reste toutefois réservé sur son existence réelle :

L(ouvrage de Chapman
L’ouvrage de Chapman

« Le premier ministre m’a demandé si c’était possible que je capture pour le gouvernement mongol un spécimen de l’altergorhai-horhai. Je doute que l’un de mes lecteurs scientifiques puisse identifier cet animal, mais j’ai répondu que oui, parce que j’en avais souvent entendu parler. Aucune des personnes présentes n’avait jamais vu la créature, mais tous croyaient fermement en son existence et la décrivaient minutieusement. Il a la forme d’une saucisse d’environ deux pieds de long, n’a ni tête ni jambes et il est tellement toxique que le simple fait de le toucher signifie une mort instantanée. Il vit dans les zones les plus désolées du désert de Gobi […] Le premier ministre déclara que, même s’il ne l’avait jamais vu lui-même, il connaissait un homme qui l’avait vu et qui avait survécu pour raconter l’histoire. Un membre du Cabinet déclara que  » le cousin de la sœur de sa défunte épouse  » l’avait également vu. J’ai promis de ramener l’altergorhai-horhai si nous devions par hasard croisé son chemin, expliquant comment l’attraper au moyen de longues pinces en acier ; de plus, je porterais des lunettes noires afin de neutraliser les effets désastreux rien que de voir une créature si toxique. La réunion s’est terminée avec optimisme; car nous avions un intérêt commun à capturer l’altergorhai-horhai : maintenant les portes de la Mongolie extérieure étaient ouvertes à mon expédition … ».

Ivan Mackerle

Bien plus récemment, un aventurier tchèque passionné de cryptozoologie, Ivan Mackerle, s’est lui-aussi lancé à la recherche de l’Allghoi khorkhoi, avec beaucoup plus de moyens mais sans plus de succès que ses devanciers. On trouve la biographie et le récit des expéditions de Mackerle sur nombre de sites spécialisés, ce qui dispensera d’en redonner le détail (cf. par exemple l’article obituaire publié en 2013 par le site Cryptozoonews après la mort de Mackerle).

Ivan Yefremov
Ivan Yefremov

En fait, Mackerle avait entendu parler du ver quand il était jeune, dans un récit romancé d’un paléontologue russe, Yvan Yefremov. Il avait d’abord pensé que c’était de la pure science-fiction mais il changea d’avis à l’université, quand un de ses compagnons, un étudiant mongol, lui dit connaître la créature avant de lui en faire l’étrange description.
Dans les années 1990-2000, après la fameuse Révolution de velours et la plus grande ouverture des anciens satellites de l’ex URSS, Mackerle put ainsi effectuer trois expéditions en Mongolie et parcourir le Gobi de long en large, par voie terrestre ou avec un ULM.
S’il n’a pas trouvé le mystérieux vers, il a revanche réuni un grand nombre de récits et de rumeurs colportés par des bergers nomades, consignés à son retour dans différents articles. Ainsi, lors d’une de ses expéditions, un de ses guides mongols lui affirma avoir personnellement connu un jeune homme qui avait été tué par le ver…

Quelques pistes de réflexion zoologique

De toute evidence, l’Allghoi khorkhoi n’est ni un poisson (c’est une créature terrestre), ni un oiseau, ni un mammifère. D’autres indices écartent aussi l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un reptile apode (serpent ou orvet), ni même d’un amphibien (à la différence du sour, en lequel beaucoup ne voient –sans doute à tort- qu’une espèce de salamandre) : sa conformation générale, l’indifférenciation entre sa bouche et son anus, le fait qu’il soit clairement identifié par les Mongols comme un ver, etc… Surtout, un récit rapporte qu’on peut tuer un Allghoi khorkhoi en lui assénant sur le corps un violent coup de gourdin, ce qui le fait éclater comme une baudruche répandant un magma graisseux qui se résorbe dans le sable en y laissant une tache sombre. Ni ossements, ni résidus tégumentaires : c’est la preuve qu’il ne s’agit pas d’un vertébré, ni de tout autre invertébré doté de carapace (un insecte ou un mille-pattes) ou de coquille (genre escargot).

Sauf à admettre qu’il s’agirait de la monstrueuse larve (type chenille) d’un insecte géant lui-même non identifié, l’Allghoi khorkhoi appartiendrait alors nécessairement aux invertébrés terrestres (mollusque genre limace géante, annelidé terrestre géant…), dont il serait du reste le plus grand spécimen connu. Il pourrait, par exemple, s’apparenter à cette répugnante sangsue sylvestre géante, découverte il y a relativement peu à Bornéo (en anglais, la « Red Giant Leech », dont la taille peut dépasser 50 cm).

Mais à vrai dire, du strict point de vue zoologique, aucune de ces hypothèses n’emporte la conviction : en définitive, l’Allghoi khorkhoi n’a guère d’homologue terrestre.

En revanche, il pourrait vaguement rappeler certains invertébrés marins, comme Eunice aphroditois (« Bobbit worm » en anglais), cet impressionnant ver aquatique venimeux de couleur brun-rouge, dont la longueur peut atteindre jusqu’à 3 mètres, et dont le mode d’attaque, par irruption soudaine du sol quand sa proie passe au dessus, évoque celui de son lointain cousin mongol…

Mais la comparaison, purement formelle, s’arrête là, et avec elle, toute référence zoologique pertinente.

Une entité astrale bien caractérisée

Si la preuve scientifique de l’existence matérielle de l’étrange créature reste donc à rapporter, sa réalité cryptozoologique ne fait pas le moindre doute : l’Allghoi khorkhoi est non seulement partie intégrante des représentations mentales des éleveurs nomades de cette partie désertique de l’Asie centrale, mais surtout, il se rattache à un vaste tronc commun de cryptides assez similaires, nourri de traditions et de légendes populaires très anciennes et dont les auteurs de science-fiction ont décliné plusieurs variations récentes fort révélatrices.

Affaire à suivre…

Rapaces pyromanes…

Des oiseaux incendiaires ? La revue La Recherche relate un fait observé en Australie, mais que Pline et d’autres auteurs antiques avaient déjà bien identifié…

Faucons incendiaires
Milan noir, milan siffleur et faucon brun: des témoignages attestent de leur maîtrise du feu

« Faucons de feu » : ce nom évocateur désigne, chez les aborigènes, trois espèces de rapaces : le milan noir, le milan siffleur et le faucon brun. Ils leur prêtent en effet le pouvoir de maîtriser et répandre le feu. Une croyance qui prend une nouvelle dimension avec l’étude menée par une équipe internationale. Marc Bonta, de l’univer­sité d’État de Pennsylvanie, aux États-Unis, et son groupe sont en effet parvenus à la conclusion que ces « faucons de feu » contribuaient à la propaga­tion des incendies. Comment? En transportant des brindilles enflammées, qu’ils lâchent sur des zones encore épargnées par les flammes. Pour parvenir à ce résultat, ils ont collecté une ving­taine de témoignages à la fois d’aborigènes et de non-aborigènes, sur une période allant de 1963 à 2013 dans le nord de l’Australie. Dick Eussen, coauteur de ce travail et lui-même pompier, a observé en direct ce phénomène. Alors qu’il avait, avec ses collègues, maîtrisé un feu menaçant une route, il a été alerté du fait que les flammes avaient atteint l’autre côté, jusqu’alors préservé. Sur place, le pompier a remarqué un milan siffleur volant à une ving­taine de mètres d’altitude avec, dans ses griffes, une brindille. Il a fait le lien. Cette attitude pyro­mane est en fait un moyen efficace de chasser, comme l’explique Bob Gosford, du Central Land Council et coauteur de ce travail : « // est possible que certains individus aient adapté leur capacité à transporter des brindilles pour construire un nid, par exemple pour accroître leur source de nourriture. » C’est-à-dire, les petits insectes, les grenouilles, les reptiles ou les petits oiseaux, qui fuient devant le feu ou qui sont tués.

Comportement multicentenaire

Pour l’instant, ce comportement a été principa­lement observé sur une zone de 4 millions de kilomètres carrés. « Mais nous avons des témoi­gnages dans des biomes et des régions de savanes similaires dans le monde, où l’on trouve de larges populations de milans noirs ou de leurs proches parents », précise Bob Gosford. Et si l’on en croit les aborigènes, il aurait été adopté il y a des cen­taines, voire des milliers d’années! Pour les chercheurs, ce travail appelle à recons­idérer les observations fournies par les abori­gènes, souvent jugées (à tort) moins « scienti­fiques». « Un aspect important de notre travail est de soumettre les connaissances écologiques abo­rigènes à un examen minutieux, mais aussi de les reconnaître comme une source pour des recherches comme les nôtres », souligne Bob Gosford. Car, rappelle-t-il, cela permettrait de profiter de la connaissance acquise par ce peuple lors des der­niers millénaires -une base de données énorme, rapportée aux quelque 230 années d’observations menées par les Européens depuis la colonisation.

Source : article de Bérénice Robert in La Recherche, n° 533, mars 2018 / Référence à l’ouvrage de M. Bonta et al. EthnobioL, 37, 700, 2017.

En fait, on devrait plutôt parler de cas multi-millénaires, car des cas similaires ont été rapportés par plusieurs auteurs de l’Antiquité, toujours imputés à des rapaces ou à des oiseaux de proie.

Pline l'AncienAristophane cite ainsi un aigle incendiaire dans son Pistheterus. Dans son Histoire naturelle (Livre X), Pline l’Ancien fournit les détails  les plus intéressants :

« XVII. L’oiseau appelé incendiaire est aussi de mauvais augure, et nous lisons dans les Annales que souvent on a purifié Rome à cause de lui; par exemple, sous le consulat de L. Cassius et de C. Marius (an de Rome 647), année où on la purifia aussi, un hibou ayant été vu. Quel est cet oiseau ? ni livres ni tradition ne le disent. Quelques-uns expliquent ainsi la chose : l’incendiaire est tout oiseau qui apparaît portant un charbon enlevé aux feux des autels. D’autres l’appellent spinturnix, mais je n’al trouvé personne qui dit savoir quel était cet oiseau ».

Inauspicata est et incendiaria avis, quam propter saepe numero lustratam urbem in annalibus invenimus, sicut L- Cassio C- Mario cos-, quo anno et bubone viso lustratam esse. quae sit avis ea, non reperitur nec traditur. quidam ita interpretantur, incendiariam esse quaecumque apparverit carbonem ferens ex aris vel altaribus ; alii spinturnicem eam vocant, sed haec ipsa quae esset inter aves, qui se scire diceret non inveni.

 

Dialogue de SOURDS…

1. Premier courrier…

« Cher P…,
« […] depuis des années, je m’intéresse à la cryptozoologie […] et dans ce cadre, je tente de rassembler des informations fiables sur un animal (si c’en est un) plus ou moins mythique dont notre mère parlait de temps en temps, mais dont je n’arrive pas à trouver d’autre traces, en l’occurrence le SOUR. Je l’orthographie comme cela, mais ce pourrait aussi bien être SOURD, SOURS, SOURRE, ÇOUR, etc… Bref, n’ayant pas de référence écrite, j’ai opté pour l’orthographe la plus simple et la plus phonétique (« faunétique » …).
« Notre mère disait qu’elle en voyait parfois quand elle était enfant dans la Mayenne, dans les années 1930. À chaque fois cela produisait beaucoup d’émoi et d’inquiétude chez sa nourrice et dans tout son entourage. C’était, d’après elle, une sorte d’énorme chenille marron, inerte, maléfique, un peu « obscène » (elle était trop prude pour dire que ça devait lui suggérer la forme d’une bite). L’animal se tapissait immobile, de préférence dans des lieux humiques et sombres, en particulier sous les noyers. Sa nourrice, sa grand-mère et ses oncles disaient que le SOUR portait malheur, qu’il provoquait des maladies, qu’il fallait à tout prix s’en éloigner, bref, un animal à coup sûr pas fréquentable. Quand notre mère en reparlait bien des années plus tard, dans les années 1970, elle semblait encore un peu gênée, comme mal à l’aise.
« Une fois ou deux, notre grand-mère aussi a dit des choses. Sa description n’était pas minutieuse, mais elle évoquait aussi à peu près le même profil général. Elle, en revanche, semblait plus dégoûtée qu’effrayée. Mais une chose est certaine, en dépit de quelques variantes, la mère et la fille parlaient bien de la même chose, et l’identifiaient sous le même nom.
« Il y a deux détails supplémentaires importants.
« Premier détail : notre mère était bien consciente que sa description des SOUR avait l’air assez imaginaire, et notre père la titillait sur le thème des « histoires de veillée »… Mais elle ne se laissait pas déstabiliser ! Plus d’une fois, elle lui a rétorqué, pour appuyer ses dires, que George Sand avait parlé des SOUR dans son œuvre. Il est vrai que dans sa jeunesse, notre mère avait été une grande lectrice de George Sand. Elle citait souvent La Mare au diable, La Petite Fadette et autres nouvelles du même tonneau. Pour tenter de vérifier cet indice, j’ai lu ou relu une grosse partie des œuvres complètes de George Sand (une vraie purge pour moi, qui n’apprécie pas ce genre de littérature), notamment toutes ses nouvelles sur les légendes rurales… En vain ! Donc, soit elle se trompait d’auteur, soit elle a imaginé ce détail littéraire, soit je n’ai pas lu le bon ouvrage, difficile d’être conclusif…
« Second indice : une année, nous sommes allés en vacances dans le Poitou, vers Bessines-sur-Gartempe, chez un brave paysan, matois mais brut de décoffrage, qui s’appelait M. A… C’était en 1965, à deux ou trois ans près au maximum. Bref, un jour, au détour de je ne sais quelle conversation, notre mère a évoqué le SOUR avec ce paysan, et il a immédiatement vu de quoi elle parlait. Il en a donné une description imagée, qui correspondait à peu de chose près à celle de notre mère. Il disait que c’était exactement comme une « saucisse de sang » (en d’autres termes, un boudin, ce qui confirme à peu près la couleur et la taille), légèrement duveteux (donc un peu comme une chenille, mais à taille puissance 10 !), que ça se tapissait dans les lieux humides, et surtout sous les feuilles des pommes-de-terre (par contre, pour les noyers, il était moins catégorique). Il a aussi donné le nom de l’animal dans son patois, c’était un autre nom que SOUR, mais ils parlaient bien tous les deux de la même chose, et l’un comme l’autre excluaient qu’il se fût agi d’une banale chenille. Tous les deux disaient aussi que c’était peu commun comme bestiole, et lui a ajouté qu’on n’en voyait quasiment plus jamais.
« Voilà à peu près tous les éléments dont je dispose, pour tenter d’identifier ce truc. Est-ce que cela te dit quelque-chose, et aurais-tu gardé en tête quelques données supplémentaires qui pourraient me faire progresser dans cette recherche ?
« D’avance merci de ta réponse, et à bientôt,
« M… »

2. Réponse

« Ah, le sourd… C’était Bethines (86310), et non Bessines. J’ai beaucoup lu moi aussi George Sand, mais sans jamais y trouver de mention du sourd. En revanche je l’ai découvert dans « Contes populaires et légendes du Berry et de la Sologne » dans la collection « Richesse du Folklore de France » aux éditions de la Renaissance. Au chapitre la Cocardille, on y parle du Tac ou Môron, espèce de salamandre malfaisante, et je lis ceci : « notre Tac n’est pas moins décrié que le Mirtil du Poitou, la Blande de la Provence, la Plavine du Dauphiné, la Laberne du Lyonnais, le Mouron de la Normandie, ou le Sourd de la Bretagne ».
« Voilà, c’est tout ce que j’ai à t’offrir … Mais tous les vieux paysans de la Mayenne ou de la Sarthe t’en parleront à loisir […]
P… »

3. Courrier complémentaire

« Cher P…,
« Merci beaucoup, ces informations vont m’être vraiment précieuses pour la suite de mes recherches. Je suis content de constater que je n’ai pas rêvé, et que notre mère non plus ne rêvait pas, puisque si ça n’est pas George Sand, au moins d’autre(s) auteur(s) véhicule(nt) le même récit. En outre, l’apparentement du Sourd -puisque apparemment ça s’écrit avec un d final- avec d’autres bestioles un peu mythiques dans le folklore d’autres régions va me permettre d’en préciser le « profil » cryptozoologique.
« Par contre, je reste très dubitatif sur l’assimilation du Sourd à une salamandre. La salamandre était une bête relativement commune jadis, même si aujourd’hui elle est en voie de quasi-disparition à cause de la pollution et de l’urbanisation. J’en ai personnellement vu deux fois dans ma vie, c’est un batracien superbe et plutôt sympathique. Du reste, les anciens connaissaient bien les différentes espèces de salamandre, et si le Sourd avait été l’une d’entre elle, ils auraient mieux su le décrire.
« Notre mère elle-même s’y serait-elle trompée ? Je me souviens qu’elle était férue de l’histoire des Rois de France, surtout celle des Valois : la salamandre était l’emblème archi‑connu de François 1er, impossible qu’elle n’ait pas fait le rapprochement, même si la salamandre héraldique est un peu différente de la salamandre des naturalistes !
« Pour ma part, l’hypothèse d’une « chenille » semble plus consistante. Il en existe dans certains pays d’énormes spécimens, je pense en particulier à la larve du dynaste géant (Dynaste Hercule), dont on trouve maintes photographies sur Internet.

Le Sourd, une énorme chenille ?
Le Sourd, une énorme chenille ?

« Une telle larve ferait une bien meilleure prétendante au titre de SOURD que la salamandre : elle est immobile, elle est assez répugnante, elle est brunâtre (il en existe sans doute de différentes couleurs), peut-être une variété duveteuse… est-ce que ce genre d’animal n’aurait pas pu exister en France, même de manière très épisodique ? En tous cas, c’est un candidat sérieux au titre peu envié de Sourd !« Bref, il reste un gros champ d’investigations à explorer sur ce sujet […].
« M… »

Toile lumineuse …

Les grottes de Waitomo, en Nouvelle-Zélande, abritent des vers luisants. Leur particularité ? Ces vers indigènes produisent une impressionnante galaxie lumineuse bleutée qui piège leurs proies. Ce ver est officiellement baptisé Arachnocampa luminosa, mais sa toile n’a que peu à voir avec celle de l’araignée. Une équipe internationale a étudié sept mois durant les sécrétions gluantes de l’animal (1). La structure de la toile commence par un tube de mucus produit par une multitude de larves accrochées aux parois de Ia grotte. Puis chaque ver tisse des fils de soie d’un mètre de long qui pendent de ces tubes. Le ver régurgite ensuite du mucus qui s’accroche aux fils de soie en autant de gouttelettes capables d’absorber l’humidité environnante. Pour attirer les insectes avant de passer à table, il ne reste plus aux vers qu’à « allumer » leur queue bioluminescente qui illumine la structure.

Un article de Philippe Pajot in La Recherche Février 2017 • N°520

(1) J. von Byern et ai., PLOSONE, 2016

Les Lucioles et autres vers luisants ont toujours fasciné l’homme. On trouve dans certains récits des allusions à des lampes ou autres dispositifs d’éclairage réalisés avec ces insectes, et comment ne pas faire intuitivement le lien avec les lampes éternelles de la littérature alchimique…

Bizarre Préhistoire …

Le Musée d’Archéologie de Nice propose pour l’année 2017 un cycle de conférences intitulé « Bizarre Préhistoire. Préhistoire décalée et étrange : de la science fiction à l’anthropologie imaginaire ». Ce cycle paraît intéressant tant du point de vue de l’Histoire des Sciences que de celui de la Mythologie Contemporaine. Les conférences sont gratuites, les intervenants de qualité. Évidemment, si vous assistez à l’une ou l’autre de ces conférences, vos avis intéressent Carmen Galli …

Jeudi 26 janvier 2017 – Ugo BELLAGAMBA (Maître de Conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis) : Préhistoire et Science fiction – On pourrait croire que tout oppose l’imaginaire de la science-fiction et la préhistoire. Pourtant le futur et le passé lointains se rejoignent sous la plume de nombreux auteurs : J. H. Rosny Aîné, Arthur Conan Doyle, Arthur C. Clarke, Ray Bradbury, Robert Silverberg, Pierre Pelot, etc. Certains même, comme Francis Carsac, nom de plume de François Bordes, furent à la fois auteur et paléontologue. Bizarres sont peut-être ces préhistoires revisitées, mais nos tout premiers pas d’hominidés ne furent-ils pas esquissés sous les cieux infinis ?

Jeudi 16 février 2017 – Geneviève BARBIER DE REUILLE (Présidente de l’association des amis du musée, CEPTA) : Préhistoire du faux et de la mystification – Depuis la naissance de la Préhistoire, nombre d’impostures ont défrayé la chronique. Certaines sont oubliées, d’autres font date. De nos jours, l’évolution de la science « Préhistoire » ne permet plus d’approximation. Fleurissent alors quelques « vrais faux ».

Jeudi 16 mars 2017 – Bertrand ROUSSEL (Directeur du Musée d’Archéologie de Nice) : Mythique préhistoire – Avant la constitution de la Préhistoire en tant que science, des objets préhistoriques (outils ou restes fossiles) ont été découverts. Ils ont suscité l’interrogation des hommes et ont généré des mythes ou des interprétations légendaires que nous nous proposons d’évoquer dans cette conférence.

Jeudi 6 avril 2017 – Denis BIETTE (Membre du Cercle d’Analyse Zététique) : Le Yeti, un descendant des Gigantopithèques ?  – Le yéti est objet de controverses. Des alpinistes mondialement connus comme Edmund Hillary et Reinhold Messner l’ont sérieusement recherché. On l’a envisagé comme un descendant du célèbre Gigantopithèque, voire de l’homme de Neandertal. Peut-on trouver des preuves scientifiques de son existence ou bien s’agit-il d’une simple légende.

Vendredi 22 septembre 2017 – Michèle PEUTO-MOREAU (Maître de Conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis) : Histoire naturelle des Rhinogrades – Peut-on encore à notre époque trouver sur Terre une île inconnue, peuplée de mammifères étranges au comportement insolite ? Ce fut le cas au milieu du XXe siècle après la découverte de l’archipel Hi-iay, où l’éminent Professeur Harald Stümpke put décrire la biologie et l’évolution des Nasins ou Rhinogrades. Comme cet observateur remarquable, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Jeudi 12 octobre 2017 – Henri BROCH (Physicien, Professeur émérite à l’Université Nice Sophia Antipolis) : Archéologie et extraterrestres – Edification des pyramides d’Égypte, transport des colossales statues de l’île de Pâques, arrangements mégalithiques de Stonehenge ou de Malte, pistes et dessins de la plaine de Nazca au Pérou, « cosmonaute » gravé au cœur d’une pyramide du site maya de Palenque au Mexique… Toutes ces prouesses de civilisations antiques sont-elles le fruit de contacts avec des êtres « supérieurs » ? Trahissent-elles nécessairement la venue d’initiateurs extraterrestres ?

Jeudi 2 novembre 2017 – Frédéric LEQUEVRE (Docteur en Physique) : Galaxies à Lascaux. Les merveilles de l’archéoastronomie – Les grottes ornées ont-elles été choisies en fonction des solstices et des équinoxes ? Leurs peintures sont-elles les toutes premières cartes du ciel ? Les gravures de la Vallée des Merveilles témoignent-elles d’un savoir astronomique ? Une thèse à succès le prétend…

Jeudi 7 décembre 2017 – Jean-Sébastien STEYER (Chercheur au CNRS et Paléontologue) : Demain, les animaux du futur, un voyage entre science et fiction (Conférence suivie par une table-ronde animée par Ugo BELLAGAMBA avec les différents intervenants des conférences) – L’étude des animaux du passé nous renseigne sur le présent et permet d’imaginer une faune du futur. Quelle serait, demain, l’évolution des plantes et des animaux qui nous entourent ? Il s’agit d’une invitation à réfléchir sur le devenir de notre planète et le rôle de l’Homme au sein de la biodiversité, en imaginant l’évolution de la Terre dans 10 millions d’années…

source : http://www.ceptanice.fr/165+programme-2017.html

Note de Carmen Galli à propos de la conférence «Galaxies à Lascaux. Les merveilles de l’archéoastronomie ».

Sans juger le travail de M. Frédéric LEQUEVRE dans son livre du même nom (1), ni de celui de Mme Chantal JÈGUES-WOLKIEWIEZ, puisque c’est elle qui est l’auteure de la thèse sur l’orientation des grottes ornées (2), nous ne pouvons que constater le manque d’intérêt des archéologues et préhistoriens français (3) pour l’archéoastronomie (ou ethnoastronomie) contrairement à ce qui se passe dans nombre de pays. Dans « Étoiles dans la nuit des temps » (4), textes (5) réunis et présentés par M. Yves VADÉ (6) qui en explique les raisons dans son introduction : « Si les archéologues ont longtemps marqué indifférence ou désintérêt à l’égard des données astronomiques, c’est aussi que les premières études en ce domaine ont été mêlées de trop de spéculations douteuses qui ont longtemps contribué à déconsidérer l’étude des savoirs astronomiques aux époques anciennes. Ne parlons pas des erreurs manifestes ou des élucubrations les plus indéfendables, libéralement diffusées sur internet et reprises avidement par les tenants de l’idéologie new age. On pense plutôt à des études conduites par des esprits passionnés dont le seul défaut est d’avoir voulu aller trop vite et de tenir pour des certitudes ce qui n’était qu’hypothèses de départ. Encore n’est-il pas sûr que tout soit à rejeter dans ces recherches intuitives. » Voilà qui est dit. Et en ce qui nous concerne, nous ne manquerons pas de revenir sur l’archéoastronomie.

(1) http://docplayer.fr/18511863-Galaxies-a-lascaux-les-merveilles-de-l-archeoastronomie.html
(2) http://www.archeociel.com/crbst_3.html
(3) mais il faut signaler le travail de l’anthropologue Julien d’Huy (EHESS) : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-genealogie-des-mythes-33158.php et https://www.academia.edu/3226058/2012._Un_ours_dans_les_%C3%A9toiles_recherche_phylog%C3%A9n%C3%A9tique_sur_un_mythe_pr%C3%A9hist  – « Un ours dans les étoiles: recherche phylogénétique sur un mythe préhistorique. »
(4) http://www.babelio.com/livres/Vade-Etoiles-dans-la-nuit-des-temps/610154
(5) où l’on trouve deux textes de Mme Chantal JÈGUES-WOLKIEWIEZ !
(6) http://www.babelio.com/auteur/Yves-Vade/52338