Père Noël : une tombe peut en cacher une autre…

On dit qu’il habiterait en Finlande, en Laponie, au Pôle Nord… Mais décidément plein de ressources, le Père Noël dispose aussi d’une tombe en Turquie !

Le Père Noël est-il enterré à Demre, en Turquie ?

Le tombeau présumé du Père Noël
Le tombeau présumé du Père Noël

C’est en tout cas ce qu’a titré la presse relatant, photos à l’appui, la découverte en 2017 du vénérable caveau sous une église de l’actuelle ville turque de Demre (l’ancienne Myra), dans la province d’Antalya. Qu’importe : mort et enterré, ou trônant vivant au milieux de ses rennes et de ses lutins au Pôle Nord, le Père Noël n’en est pas à une manifestation paradoxale près ! (le polymorphisme et la mutabilité sont des attributs classiques de toute bonne entité astrale).

Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités
Saint Nicolas et les trois enfants ressuscités. Le baquet du saloir rappelle l’image traditionnelle de la hotte du Père Noël

En fait, la tombe découverte serait plus (in)vraisemblablement celle du fameux Saint Nicolas, célèbre évêque du 4ème siècle ayant officié dans cette région et à qui la légende attribue un certain nombre de miracles, notamment la résurrection d’enfants, notamment de trois écoliers qu’à en croire Saint Bonaventure (Père de L’Église), un boucher sans scrupule avait découpé et mis au saloir pour les accommoder en pot-au-feu… (2ème « Sermo de S Nicolao » qui, soit dit en passant, mentionne deux étudiants de riches familles duo scholares nobiles et divites– et non pas trois bambins comme l’imagerie populaire le relate généralement).

C’est du reste sous l’église Saint Nicolas que la tombe a été trouvée, mais en elle-même cette circonstance n’a rien de probant quant à l’identité du défunt, car cette église a sans doute servi de dernière demeure à bien d’autres personnages, comme ce fut la coutume funéraire pendant des siècles.

L'église Saint Nicolas à Demre
L’église Saint Nicolas à Demre

Saint Nicolas, Père Noël avant la lettre, ou selon les écritures ?

De son vivant, Saint Nicolas s’était déjà forgé une solide réputation de bienfaiteur pour sa générosité envers les nécessiteux. La légende dorée du saint rapporte aussi qu’il jetait des pièces d’or par la cheminée de chaumières dont le maître de maison n’avait pas de quoi doter ses filles à marier. Sous l’avatar du Père Noël, son tropisme pour les cheminées ne se démentira pas !

Selon la doxa officielle, Saint Nicolas serait un des principaux modèles ayant inspiré le mythe moderne du Père Noël, d’abord sur la base d’un récit de l’écrivain américain Washington Irving paru en 1809 (« Knickerbocker’s History of New York », publié sous le pseudonyme de Diedrich Knickerbocker), puis d’un poème de Clement Moore paru en 1823, illustré par Thomas Nast.

Washington Irving
Washington Irving

Le récit de Washington Irving se présente comme un recueil moralisateur d’anecdotes plus ou moins imaginaires sur les pionniers fondateurs de la Ville de New York, qui cultivaient semble-t-il une grande dévotion à Saint Nicolas, au point d’en avoir fait la proue de leur bateau. Plusieurs brefs passages font référence au saint dans sa fonction de dispensateur de cadeaux. L’auteur l’évoque notamment dans quelques lignes du chapitre IX, où apparaissent déjà plusieurs éléments fortement agrégés à l’imagerie traditionnelle du Père Noël, comme la cheminée ou l’accrochage, la veille au soir, d’un bas de laine (plus tard, une chaussure) que l’on trouvera miraculeusement remplie de cadeaux le lendemain matin :

« Très tôt fut instituée cette pieuse cérémonie, toujours observée dans toutes nos anciennes bonnes familles, consistant à suspendre un bas dans la cheminée la veille de la Saint-Nicolas ; ce bas se trouve toujours le matin miraculeusement rempli, car le bon Saint-Nicolas a toujours été un grand donateur de cadeaux, en particulier aux enfants »

At this early period was instituted that pious ceremony, still religiouslyobserved in all our ancient families of the right breed, of hanging up astocking in the chimney on St. Nicholas Eve; which stocking is alwaysfound in the morning miraculously filled; for the good St. Nicholas hasever been a great giver of gifts, particularly to children. Ref.

Clement Moore est-il le éritable auteur de « A Visit from St. Nicholas » ?

Le poème de Clement Moore est plus explicite. Il est connu sous plusieurs intitulés (« A Visit from St. Nicholas », « The Night Before Christmas » ou « Twas the Night Before Christmas »), et raconte en substance qu’une nuit la veille de Noël, alors que sa femme et ses enfants dorment, un père de famille se réveille et regarde dehors par la fenêtre. Il voit alors personnage –en qui il reconnaît immédiatement Saint Nicolas– voguant en l’air dans un traîneau tiré par huit rennes. Après avoir posé son traîneau sur le toit, le saint entre dans la maison par la cheminée, portant un gros sac de jouets. Le père voit le saint remplir les bas de Noël de ses enfants, suspendus au coin du feu. Les deux hommes partagent ensuite un petit moment de convivialité avant que le saint reparte par la cheminée. Alors qu’il s’envole, le saint lance un « joyeux Noël et une bonne nuit à tous ». Ref.

Ce poème livre quelques détails supplémentaires intéressants, comme le nom des huit rennes formant l’attelage de Saint Nicolas (par ordre de citation : Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Donder et Blitzen), ou encore l’aspect sous lequel le saint apparaît au père de famille : un « bon vieil elfe grassouillet et dodu ». Surtout, il confirme incidemment que la tradition d’accrocher des bas à la cheminée en attendant le passage de Saint Nicolas était déjà bien établie lors de la parution du poème, comme l’indiquent ces deux vers :

« The stockings were hung by the chimney with care / In hopes that St. Nicholas soon would be there » (les bas avaient été pendus avec soin à la cheminée, en espérant que Saint Nicolas serait bientôt là).

Cela étant, ni le récit d’Irving, ni le poème de Moore ne fondent le mythe du Père Noël, dispensateur de cadeaux : tout au contraire, ils ne font qu’attribuer à Saint Nicolas cette fonction déjà assumée depuis bien longtemps par plusieurs autres entités dans différents folklores et récits populaires de la vieille Europe, en particulier en Angleterre (où on signale un Father Christmas dès le 15ème siècle), dans les légendes germaniques ou dans des récits scandinaves. Le Père Noël est assimilé à « Santa Claus » dans maintes traditions, l’imagerie générale des deux personnages présentant plusieurs traits communs : aspect âgé, costume rouge à bordures blanches, longue barbe blanche,  bonnet (ou mitre, selon le cas), …

Un faux air de famille …

Dans le calendrier liturgique chrétien, Saint Nicolas est fêté le 6 décembre, donc un peu plus tôt que le Père Noël lui-même, mais ces deux représentations sont liées à la période solsticiale d’hiver et aux festivités ancestrales célébrant le retour de la lumière et la renaissance du soleil.

A ce titre, Saint Nicolas est-il l’ancêtre du Père Noël, ou plutôt une de ses nombreuses manifestations ? Question classique mais sans réponse de la poule et de l’œuf, itérative dans la généalogie des entités astrales…

Saint Nicolas trahi par des dénonciateurs anonymes …

Le lien de filiation entre Saint Nicolas et le Père Noël, tel qu’il a été divulgué par Washington Irving puis par Clement Moore, était-il si scandaleux pour qu’à l’époque, ces deux auteurs américains aient préféré se retrancher derrière l’anonymat pour en faire état ? Leur récit livrerait-il quelque clé occulte qui leur imposait, sinon le silence, tout au moins la prudence ? Cette question n’a encore jamais été posée dans la très abondante littérature consacrée à la naissance du Père Noêl

Les circonstances de la publication de l’ouvrage d’Irving n’ont pourtant rien d’anodin, puisque l’éditeur a prétendu qu’il s’agissait d’un recueil de « nombreux détails curieux et intéressants, jamais publiés auparavant, et qui proviennent de divers manuscrits et autres sources authentifiées, le tout étant parsemé de spéculations philosophiques et de préceptes moraux », retrouvés dans la chambre d’un vieux monsieur, un certain Diedrich Knickerbocker, qui aurait soudainement disparu… la publication de ses papiers étant censée payer les dettes qu’il aurait laissées avant de disparaître ! Le messager disparu, le message peut donc prospérer.

Diedrich Knickerbocker : This work was found in the chamber of Mr. Diedrich Knickerbocker, the old gentleman whose sudden and mysterious disappearance has been noticed. It is published in order to discharge certain debts he has left behind Ref.

Henry Livingston Junior, auteur véritable du poème attribué à Clement Moore ?

Même discrétion chez Moore, dont le prétendu poème a été publié la première fois de manière anonyme dans le Troy, New York Sentinel du 23 décembre 1823, et a été réimprimé par la suite à plusieurs reprises sans mention d’auteur. Le poème n’a été attribué à Moore qu’en 1837, et si cet auteur en a finalement admis la paternité en 1844 (soit 21 ans après la première parution), plusieurs autres écrivains l’avaient revendiqué entre-temps ; sur la base d’indices très sérieux, plusieurs spécialistes l’attribuent d’ailleurs à un autre poète, Henry Livingston Junior (1748-1828), qui avait coutume de publier ses poèmes sans mention d’auteur, et dont les enfants ont confirmé l’avoir entendu de la bouche de leur père dès 1807.

La tombe, un vrai cadeau du Père Noël !

Père Noël ou Saint Nicolas, une confirmation officielle de la découverte turque serait un présent du ciel pour le tourisme à Demre, ville qui s’honorait déjà d’un « St Nicholas Museum » (en fait, l’ancienne église Saint Nicolas), rebaptisé « Musée du Père Noël ».

Carol Meyers
Carol Meyers

Même si l’authenticité de cette tombe est à prendre avec des pincettes, comme l’a déclaré au National Geographic Carol Meyers, la fondatrice et dubitative animatrice du site Internet stnicholascenter.org : « Si des reliques sont trouvées, elles devraient être datées et examinées par des experts internationaux. Les Turcs sont bien sûr très intéressés par la promotion du tourisme ». Les chercheurs eux-mêmes ont reconnu que la découverte pouvait avoir des retombées très positives sur le tourisme de la région.

La nouvelle a également provoqué un certain émoi à Bari, ville italienne qui revendique elle aussi la tombe de Saint Nicolas ou, plus précisément, le caveau où sa dépouille aurait été transférée par des marchands ou des marins italiens en 1087, dans la Basilique Saint-Nicolas. Mais cette attribution est elle-même contestée, car à en croire une chronique publiée en 2012, les restes du saint auraient été transférés en Irlande, près de l’abbaye de Jerpoint dans le Comté de Kilkenny, soit par des croisés, soit -selon une autre version- par un certain Nicholas De Frainet, descendant d’une vieille famille française de chevaliers, qui possédaient des terres dans la région.

La tombe irlandaise de Saint Nicolas

Là encore, il y a des intérêts touristiques en jeu, car comme le rapporte sans ambage le chroniqueur, ce tombeau « est l’un des principaux trésors du pays […] Cette région a cruellement besoin d’un coup de pouce touristique et d’un peu d’argent. La réponse est là […] ».

Sans oublier d’autres restes de l’évêque (des « reliques », selon la terminologie religieuse) qui reposeraient dans l’église San Nicolo de Venise mais s’agit-il du même saint, ou d’un homonyme ?), et dans différentes églises en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, au Danemark, en France, en Russie et dans bien d’autres pays d’Europe, ainsi qu’aux États-Unis et même au Canada : de quoi conférer à cet antique prélat une large présence géographique et astrale dans tout le monde chrétien. Diviser pour mieux régner, telle pourrait être la devise des reliques épiscopales !

Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l'église italienne de Bari
Le reliquaire de Saint Nicolas, dans l’église italienne de Bari

En définitive, la médecine légale ou mieux, des analyses d’ADN, seraient les mieux aptes à établir la filiation et les circonstances du décès de Saint Nicolas et de son fils putatif, le Père Noël

 

Allghoi khorkhoi : vous reprendrez bien un ver ?

Vous avez aimé le sour, ce mystérieux et malfaisant animal évoqué dans un précédent post de Carmen Galli ? Alors vous adorerez l’allghoi khorkhoi, ou « vers tueur du désert de Gobi », qui rappelle en plus maléfique le sour occidental… Il est redouté des Mongols au point que même sa simple évocation porterait malheur !

Un dangereux cryptide hantant le Désert du Gobi

L'AllghoikhorkhoiL’Allghoikhorkhoi, d’après le peintre belge Pieter Dirk

D’après Wikipédia, l’Allghoi khorkhoi (article Olgoï-Khorkhoï) ou « ver-intestin » serait un cryptide (à savoir : « un animal dont l’existence n’est étayée par aucune preuve matérielle » – sic), censé vivre en Mongolie dans le fameux désert de Gobi. Comme le relève l’encyclopédie online, il n’existe, certes, aucune preuve matérielle indiscutée de l’authenticité de ce supposé animal, mais la cryptozoologie lui attribue un certain nombre de caractéristiques bien précises déduites de nombreux récits.

Une créature malfaisante et dangereuse

L’Allghoi khorkhoi mesurerait entre 60 cm et 90 cm de long pour un diamètre d’environ 20 cm ; sa tête et sa queue seraient indistinctes : on ne pourrait donc voir ni ses yeux, ni sa bouche, ni ses narines (à supposer qu’il respire). Autre élément caractéristique, l’animal serait de couleur rouge sang.
Selon différents témoignages, il serait attiré par la couleur jaune et ne sortirait qu’au début de l’été, ou lorsque le sol est humide. Il évoluerait en rampant ou en glissant un peu comme un serpent.
Les Mongols prêtent à l’Allghoi khorkhoi un caractère agressif et dangereux. Selon eux, il est capable de tuer en projetant à distance un poison mortel (qu’il se secréterait lui-même, ou qu’il produirait par ingestion de plantes toxiques), mais d’autres disent qu’il tue par décharge électrique, la mort étant dans tous les cas quasi-instantanée.

Plusieurs expéditions, jusqu’à présent infructueuses

Roy Chapman Andrews
Roy Chapman Andrews

En Europe, l’Allghoi khorkhoi a été signalé pour la première fois en 1926 par un explorateur et aventurier américain, Roy Chapman Andrews, dans son livre On the Trail of Ancient Man. L’auteur, qui souhaitait monter une expédition en Mongolie et avait fait miroiter au Gouvernement mongol la possibilité de capturer un exemplaire du mystérieux ver (désigné dans l’ouvrage sous le nom de « altergorhai-horhai », reste toutefois réservé sur son existence réelle :

L(ouvrage de Chapman
L’ouvrage de Chapman

« Le premier ministre m’a demandé si c’était possible que je capture pour le gouvernement mongol un spécimen de l’altergorhai-horhai. Je doute que l’un de mes lecteurs scientifiques puisse identifier cet animal, mais j’ai répondu que oui, parce que j’en avais souvent entendu parler. Aucune des personnes présentes n’avait jamais vu la créature, mais tous croyaient fermement en son existence et la décrivaient minutieusement. Il a la forme d’une saucisse d’environ deux pieds de long, n’a ni tête ni jambes et il est tellement toxique que le simple fait de le toucher signifie une mort instantanée. Il vit dans les zones les plus désolées du désert de Gobi […] Le premier ministre déclara que, même s’il ne l’avait jamais vu lui-même, il connaissait un homme qui l’avait vu et qui avait survécu pour raconter l’histoire. Un membre du Cabinet déclara que  » le cousin de la sœur de sa défunte épouse  » l’avait également vu. J’ai promis de ramener l’altergorhai-horhai si nous devions par hasard croisé son chemin, expliquant comment l’attraper au moyen de longues pinces en acier ; de plus, je porterais des lunettes noires afin de neutraliser les effets désastreux rien que de voir une créature si toxique. La réunion s’est terminée avec optimisme; car nous avions un intérêt commun à capturer l’altergorhai-horhai : maintenant les portes de la Mongolie extérieure étaient ouvertes à mon expédition … ».

Ivan Mackerle

Bien plus récemment, un aventurier tchèque passionné de cryptozoologie, Ivan Mackerle, s’est lui-aussi lancé à la recherche de l’Allghoi khorkhoi, avec beaucoup plus de moyens mais sans plus de succès que ses devanciers. On trouve la biographie et le récit des expéditions de Mackerle sur nombre de sites spécialisés, ce qui dispensera d’en redonner le détail (cf. par exemple l’article obituaire publié en 2013 par le site Cryptozoonews après la mort de Mackerle).

Ivan Yefremov
Ivan Yefremov

En fait, Mackerle avait entendu parler du ver quand il était jeune, dans un récit romancé d’un paléontologue russe, Yvan Yefremov. Il avait d’abord pensé que c’était de la pure science-fiction mais il changea d’avis à l’université, quand un de ses compagnons, un étudiant mongol, lui dit connaître la créature avant de lui en faire l’étrange description.
Dans les années 1990-2000, après la fameuse Révolution de velours et la plus grande ouverture des anciens satellites de l’ex URSS, Mackerle put ainsi effectuer trois expéditions en Mongolie et parcourir le Gobi de long en large, par voie terrestre ou avec un ULM.
S’il n’a pas trouvé le mystérieux vers, il a revanche réuni un grand nombre de récits et de rumeurs colportés par des bergers nomades, consignés à son retour dans différents articles. Ainsi, lors d’une de ses expéditions, un de ses guides mongols lui affirma avoir personnellement connu un jeune homme qui avait été tué par le ver…

Quelques pistes de réflexion zoologique

De toute evidence, l’Allghoi khorkhoi n’est ni un poisson (c’est une créature terrestre), ni un oiseau, ni un mammifère. D’autres indices écartent aussi l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un reptile apode (serpent ou orvet), ni même d’un amphibien (à la différence du sour, en lequel beaucoup ne voient –sans doute à tort- qu’une espèce de salamandre) : sa conformation générale, l’indifférenciation entre sa bouche et son anus, le fait qu’il soit clairement identifié par les Mongols comme un ver, etc… Surtout, un récit rapporte qu’on peut tuer un Allghoi khorkhoi en lui assénant sur le corps un violent coup de gourdin, ce qui le fait éclater comme une baudruche répandant un magma graisseux qui se résorbe dans le sable en y laissant une tache sombre. Ni ossements, ni résidus tégumentaires : c’est la preuve qu’il ne s’agit pas d’un vertébré, ni de tout autre invertébré doté de carapace (un insecte ou un mille-pattes) ou de coquille (genre escargot).

Sauf à admettre qu’il s’agirait de la monstrueuse larve (type chenille) d’un insecte géant lui-même non identifié, l’Allghoi khorkhoi appartiendrait alors nécessairement aux invertébrés terrestres (mollusque genre limace géante, annelidé terrestre géant…), dont il serait du reste le plus grand spécimen connu. Il pourrait, par exemple, s’apparenter à cette répugnante sangsue sylvestre géante, découverte il y a relativement peu à Bornéo (en anglais, la « Red Giant Leech », dont la taille peut dépasser 50 cm).

Mais à vrai dire, du strict point de vue zoologique, aucune de ces hypothèses n’emporte la conviction : en définitive, l’Allghoi khorkhoi n’a guère d’homologue terrestre.

En revanche, il pourrait vaguement rappeler certains invertébrés marins, comme Eunice aphroditois (« Bobbit worm » en anglais), cet impressionnant ver aquatique venimeux de couleur brun-rouge, dont la longueur peut atteindre jusqu’à 3 mètres, et dont le mode d’attaque, par irruption soudaine du sol quand sa proie passe au dessus, évoque celui de son lointain cousin mongol…

Mais la comparaison, purement formelle, s’arrête là, et avec elle, toute référence zoologique pertinente.

Une entité astrale bien caractérisée

Si la preuve scientifique de l’existence matérielle de l’étrange créature reste donc à rapporter, sa réalité cryptozoologique ne fait pas le moindre doute : l’Allghoi khorkhoi est non seulement partie intégrante des représentations mentales des éleveurs nomades de cette partie désertique de l’Asie centrale, mais surtout, il se rattache à un vaste tronc commun de cryptides assez similaires, nourri de traditions et de légendes populaires très anciennes et dont les auteurs de science-fiction ont décliné plusieurs variations récentes fort révélatrices.

Affaire à suivre…

Des sorcières bien-aimées …

Ces dernières semaines, la presse people numérique et papier a brui des accusations de « sorcellerie extrême » (« extreme witchcraft ») et de magie noire lancée contre la célébrissime chanteuse américaine Beyoncé par son ex-batteuse, Kimberly Thompson : l’affaire, très sérieuse, a été portée devant la justice, dont chacun attend le verdict avec impatience …

Beyoncé, un procès en sorcellerie

Beyoncé, une sorcière ?
Beyoncé, une sorcière ?

La batteuse a affirmé à la Cour qu’après avoir travaillé pendant sept ans pour Beyoncé, celle-ci se serait subitement acharnée contre elle par magie noire et sorcellerie, tentant notamment de la ruiner financièrement. Elle l’aurait harcelée et, au passage, elle aurait même assassiné le chat de Kimberly ! (était-ce un chat noir ?).

Pour autant qu’on puisse le savoir, il semblerait que les juges du premier degré aient débouté la demandeuse (« un énième tour de magie de Beyoncé, peut-être ? », s’interroge malicieusement l’incontournable Voici), mais cela dédouane-t-il pour autant la star sulfureuse qui, de sources autorisées, avait déjà quelques antécédents au casier des maléfices …

Affaire Kimberly vs Beyoncé - pièce de procédure
Affaire Kimberly vs Beyoncé – pièce de procédure

Selon un site bien informé consacré au décryptage des réalités symboliques (vigilantcitizen.com, dont l’analyse a été reprise par plusieurs autres), l’œuvre de Beyoncé serait parsemée de références à l’occulte ; le texte à double sens de certaines de ses chansons (sur l’album Lemonade, notamment) contiendrait un message destiné à une élite invisible, évoquant un rituel magique -pour ne pas dire satanique- pour le moins étrange :

Tu me rappelles mon père, un magicien … capable d’exister dans deux endroits à la fois … Quelle chance. Quel malédiction de merde ! J’ai essayé de changer. J’ai fermé ma bouche davantage, essayé d’être … J’ai jeûné pendant 60 jours, je portais du blanc, j’ai évité les miroirs, me suis abstenue de sexe, lentement je ne disais plus un mot. Je dormais sur une natte sur le sol. J’ai avalé une épée. Je lévitais. Nous sommes allés au sous-sol, j’ai avoué mes péchés, et j’ai été baptisé dans une rivière. Je me suis mis à genoux  et dit « amen » et « je veux le dire » … Je fouette mon dos et demande pour la domination à vos pieds. Je me suis jetée dans un volcan. Je buvais le sang et bu le vin. Je me suis assise seule et suppliais … Dieu. Je me croisais et j’ai cru voir le diable. J’avais la peau sur les os, je me suis baignée dans l’eau de javel, et utilisé les pages du Saint Livre pour essuyer mes règles, mais criait en moi le désir de savoir …

ou encore :

Elle dort toute la journée. Rêve de toi dans les deux mondes. Laboure le sang, a l’intérieur et en dehors de l’utérus. Se réveille en sentant le zinc, la douleur est anesthésié par l’orgasme et l’orgasme augmente la douleur. Dieu était dans la chambre  quand l’homme a dit à la femme : « Je t’aime tant. Mets tes jambes autour de moi. Baise moi, baise moi, baise moi. Parfois quand il avait son mamelon dans sa bouche, elle murmurait : Oh mon Dieu », ça aussi c’est une forme de culte …

Sous les pavés, l’Enfer ?
L’étoile de Destiny’s Child, l’ex groupe de Beyoncé, sur la Promenade de la Célébrité  à Hollywood Le Sceau pentagrammatique, symbole traditionnellement associé au culte de Satan

Katy Perry, enfant du diable ?

Beyoncé n’est pas la seule chanteuse célèbre suspectée de flirter avec les puissances occultes.

Ainsi, à en croire l’assez sérieux Huffington Post, Katy Perry ne serait pas en reste : parmi d’autres vilénies, on l’accuse « de flirter avec Satan, d’inviter à la possession démoniaque » et même (comme on ne prête qu’aux riches !) « de faire partie des Illuminati ».

Il faut bien reconnaître que Katy Perry, qui a pourtant  baigné dans une pieuse atmosphère pendant sa jeunesse et qui doit connaître un peu les Saintes Écritures (fille d’un couple de pasteurs évangéliques qu’elle assistait dans leurs fonctions, elle a chanté à l’église jusqu’à ses 17 ans), n’est pas regardante sur les abominations devant Dieu, préconisant même les relations sexuelles avec des animaux ou des aliènes (en qui on verra des démons ou des anges déchus). C’est tout au moins l’opinion diffusée par un blog, Chrétiens 2000, qui cite à l’appui un certain nombre de déclarations explicites de la chanteuse ou de ses proches…

« J’ai vendu mon âme au Diable … Je suis désolée, si j’ai laissé les anges pleurer à mon sujet … Monsieur le prêcheur, je suis partie, partie … Je ne changerai rien, même si je le pouvais, j’ai choisi un chemin, je ne me retournerai pas »
Et son père en larmes d’implorer  :
« Priez pour l’âme de ma fille, ma fille est à présent une enfant du Diable »

Ma fille Katy Perry est une enfant du diable !
Ma fille Katy Perry est une enfant du diable !
Katy Perry en Schtroumfette
Katy Perry en Schtroumfette

Pour ne rien arranger, Katy Perry a même prêté sa voix à une entité astrale bien identifiée (l’édition papier de Carmen Galli /Argos  lui avait consacré un article en 1988) : la Schtroumfette, doublée par la chanteuse dans la version en anglais du deuxième volet des aventures des petits hommes bleus. Rappelons que la Shtroumpfette a été créée par l’infâme sorcier Gargamel pour semer la zizanie dans le village des Schtroumpfs, à partir d’une recette empruntée au très mysogyne grimoire Magicae Formulae, aux Editions Belzébuth :

« Un brin de coquetterie, une solide couche de parti-pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère, un carat de rouerie, une poignée de colère, un doigt de tissu de mensonges […] un boisseau de gourmandise, un quarteron de mauvaise foi, un dé d’inconscience, un trait d’orgueil, une pointe d’envie, un zeste de sensiblerie, une part de sottise et une part de ruse, beaucoup d’esprit volatil et beaucoup d’obstination, une chandelle brûlée par les deux bouts ».

Une recette que n’a semble-t-il pas désavoué Katy Perry, qui a déclaré au contraire avoir pris beaucoup de plaisir à l’exercice.

Le sorcier Gargamel composant la SchtroumfetteLe sorcier Gargamel composant la Schtroumfette

Britney Spears, adoratrice de Satan ?

Décidément, ce film sur la Schtroumfette a de quoi éveiller bien des soupçons, car la chanson du clip officiel, « Ooh La La », est interprétée, non par Katy Perry, mais par sa non moins sulfureuse consœur en diablerie Britney Spears, dénoncée pour être une créature de Satan par les tenants conspirationniste du New World Order.

Britney Spears et la Schtroumfette, Ooh La la !Britney Spears et la Schtroumfette, Ooh La la !

Cette chanson relate en substance les implorations d’une jeune fille (vierge ?) à un mystérieux personnage, dans un registre à double sens qui n’est pas sans rappeler celui de Beyoncé :

« Ooh je pense que tu es bon comme tu es, dis-moi si tu peux te lever et t’enfuir avec moi ? […]  j’irais avec toi n’importe où, on n’a pas besoin d’or, on brillera quand même […] tu sais que personne ne peut descendre aussi bas que nous, on ne se lasse pas de baiser […] Je vois cette étincelle briller dans ton œil […] mon cœur bat vite parce que je veux tout, alors bébé viens avec moi et sois mon ooh la la … ».

Brytney Spears, issue d’une famille chrétienne bien-pensante, a dérivé assez jeune vers le côté obscur, et complaisamment contribué à forger sa toxique réputation, imaginant peut-être qu’elle faciliterait du même coup son hypothétique rédemption (sur le principe que « faute avouée est demi pardonnée ») ! Sa page Twitter a révélé un jour qu’elle était adepte de Satan (mais ce message a ensuite été mis sur le compte de hackers), et d’après différents sites, elle aurait reconnu à plusieurs reprises avoir suivi l’enseignement kabbalistique de la peu recommandable Madonna et fréquenté assidûment les Illuminati (dont avec autant de vedettes sexy, les réunions doivent être des concerts très demandés)…

Britney Spears envoie un signe ...
Britney Spears envoie un signe …

Après la naissance de son premier enfant, Britney Spears a toutefois jugé prudent de prendre du champ avec des pratiques et des fréquentations aussi douteuses, craignant qu’elles portent préjudice, non pas à sa carrière, mais à ses enfants ; à en croire le Nouvel Observateur, elle aurait tourné la page en 2006 : «  … Britney, qui vient tout juste d´avouer sa deuxième grossesse alors qu’elle est déjà maman d’un enfant de 6 mois, vient d´annoncer sur son site officiel qu´elle ne faisait désormais plus partie du mouvement de la kabbale […] Je n´étudie plus la kabbale, mon bébé est ma religion ». Pour le site Ekklesia.pro, Britney Spears implorerait désormais le pardon de Dieu, en le suppliant de ne pas faire retomber son divin courroux sur sa descendance : « Vous pouvez me punir, mais s’il vous plaît ne punissez pas mes fils, ils n’ont rien fait et méritent un bon départ […] Je suis forte et je dois assumer la responsabilité de mes propres actions et des personnes avec lesquelles j’ai été associée par le passé et des choses auxquelles j’ai participé […] Je ferais n’importe quoi pour donner à mes deux garçons une chance de mener une bonne vie. C’est tout ce que je leur demande. Être des gens décents et mener une vie décente ».

Ariana Grande et Mika, un duo diabolique …

De leur côté, la chanteuse Ariana Grande et le chanteur Mika auraient recouru à la sorcellerie pour promouvoir la sortie en 2012 leur album Popular Songs ; c’est tout au moins ce qu’avancent des blogs et la presse People sur Internet, allant jusqu’à qualifier les deux chanteurs de  » Duo diabolique  » dans leur clip.

Ariana Grande et Mika en duo (diabolique ?)
Ariana Grande et Mika en duo (diabolique ?)

Rihanna, satanique Princesse des Illuminati …

Mais d’après plusieurs sites, les Beyoncé, Ariana Grande et autres Katy Perry font figure d’enfants de chœur comparées à  Rihanna, qui ne serait rien de moins que la propre fille de Satan !

Statue représentant l'accouplement de Zeus en cygne et de Léda
« Zeus, quand tu viens, fais-moi cygne… » Copie 16ème d’après un sculpture antique Bibliothèque de Sansovino à Venise

Cette célèbre chanteuse, classée par Forbes quatrième personnalité la plus puissante au monde dans l’industrie du spectacle, aurait en effet été engendrée de l’accouplement contre-nature entre le Diable et un canard (une cane, plus vraisemblablement ! La mythologique Hélène était née de l’accouplement tout aussi acrobatique de Zeus métamorphosé en cygne avec Léda, la femme de Tyndare, roi de Sparte).

Selon l’insolite Desencyclodie Wiki online, tout aurait commencé le 20 février 1998 sur la petite île de la Barbade (pays dont la chanteuse a officiellement été nommée ambassadrice en septembre 2018). Une fois créée, Satan aurait assigné à Rihanna sa mission terrestre : « […] prend le temps qu’il faudra, mais accomplis ta mission. Je vais te créer une mère, un père, et des frères et sœurs. Oublie-les, et ne pense qu’à ta carrière musicale ! Ne leur donne rien de ta fortune ! Trouve-toi dès que possible un producteur si tu veux que tes chansons sataniques passe à la radio, ou si tu veux vendre des disques ! », avant de lui donner cette utile recommandation : « N’oublie pas : tu auras le soutien de mon projet top secret ! N’en parle à personne, d’accord ? … ».

Forte d’une telle paternité, rien d’étonnant que Rihanna ait pu gravir très vite l’échelle des maléfices, au point de devenir la Princesse des Illuminati (dixit Eveil-de-la-conscience.com) et, par voie de conséquence, de s’attirer les foudres et l’interdit de pas mal d’associations religieuses dans le monde, comme le révèlent de très sérieux organes de presse comme les Inrockuptibles ou Jeune Afrique : « Rihanna déclarée “persona non grata” par des associations religieuses au Sénégal, la franc-maçonnerie avec notamment sa branche illuminati, dont ses symboles et signes sont omniprésents dans ses clips, faisant souvent l’apologie de Satan et des démons, ce qui lui vaut de surnom de princesse des illuminati à cause de sa propension à faire du prosélytisme luciférien ».

Petit Rihanna satanique illustré : si c’est du toc, c’est bien imité !
Rihanna cornuta Rihanna exhibant un pentacle
Rihanna lançant le salut sataniste Le salut sataniste des sorcières

Sympathy for the Devil ?

Cette petite liste ne comprend que quelques noms, mais bien d’autres chanteuses pourraient y figurer, à commencer par la scandaleuse Madonna, illuminée sataniste pour les uns, possédée démoniaque pour d’autres, et férue de kabbale et d’occultisme, selon ses propres déclarations ; ou encore Lady Gaga, qui selon des rumeurs aurait vendu son âme au Diable pour s’assurer le succès. Son coiffeur (profession toujours bien informée) Michael Pooter, a affirmé en 2011 que la chanteuse était une adoratrice certifiée de Satan ; alors qu’il s’apprêtait à la coiffer un jour, elle se serait mise à le fixe d’une manière effrayante, « avec des yeux de démons » et l’aurait menacé de manger ses enfants s’il révélait ce qu’il avait vu. Une autre fois, il aurait distingué sur son cuir chevelu le nombre de la Bête, 666, ce qui aurait mis Lady Gaga en lévitation à presque 1 mètre du sol. Le coiffeur se serait aussi rendu compte qu’elle vociférait en plusieurs langues, symptôme bien connu de possession démoniaque…

L'antéchristique Madonna
L’antéchristique Madonna

L'infernale Lady Gaga
L’infernale Lady Gaga

Des soupçons d’entente avec le Diable ne pèsent d’ailleurs pas que sur de potentielles chanteuses-sorcières, mais aussi sur nombre de chanteurs masculins.

Ainsi, récemment, le célèbre rapeur Maître Gims a rejoint le banc des accusés : à en croire certaines dépêches, il serait lui aussi un Illuminati, pratiquerait la sorcellerie et aurait vendu son âme au diable ! Le chanteur a cependant balayé sans détour ces rumeurs, avec son franc-parler coutumier :

« Bon, là le sujet du soir c’est la sorcellerie. Certaines personnes commencent à me fatiguer avec vendre son âme au diable, ne pas la vendre, la louer, ne pas la louer, faire un prêt avec ou sans intérêts … bien souvent ce sont les noirs, les africains ou les arabes qui m’interpellent à ce sujet … les stars blanches ne sont jamais accusées de sorcellerie [argument inexact, comme on vient de le constater !] A croire que seuls les africains ont besoin de la sorcellerie pour réussir … [en Afrique] la sorcellerie est parfois très prise au sérieux et les simples suspicions peuvent aller très loin … »

L'ouvrage de Jota Martinez Galiana
L’ouvrage de Jota Martinez Galiana

La connivence réelle ou supposée des vedettes du show-biz et des puissances occultes ou démoniaques n’est pas un thème nouveau, loin de là. Il y a une vingtaine d’année, Jota Martinez Galiana a publié un ouvrage sur ce phénomène, « Satanisme et sorcellerie dans le rock – Histoire d’un Mythe », où étaient évoquées les rumeurs persistantes courant alors contre les célébrités de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, les Rolling Stones, les Beatles, etc… Dans sa présentation, l’éditeur indique de ce livre « invite à parcourir les ruelles les plus lugubres et les plus sombres de l’histoire du rock, depuis la naissance du blues jusqu’à l’émergence de formes musicales mutantes, depuis la superstition de Robert Johnson jusqu’au satanisme médiatique de Marilyn Manson ».

Aujourd’hui, des listes impressionnantes de chanteuses et de chanteurs en pacte avec les puissances de l’occulte circulent sur Internet, à se demander si un seul artiste de variété un tant soit peu connu peut ou a pu faire carrière sans y recourir ! On citera, en vrac, quelques noms du pandémonium ciblé par un « blog catholique  » (sic, en laissant à son auteur la responsabilité de cet adjectif !) comme « chanteurs ou groupe de musiciens néfastes » : Madonna, Black Sabbath, Elton John, Billy Ze Kick, Led Zeppelin, Pink Floyd, Les Rolling Stones, Mickael Jackson, Nirvana, Les Beatles, Acdc, Queen, Prince, Elvis Preslay, U2, Georges Mickaël, Santana, David Bowie, etc…

Pas de fumée (sulfureuse) sans feu (infernal) ?

C’est bien connu, le Diable a plus d’un (33) tours dans son sac… Faut-il détecter derrière tout ça l’œuvre habile et maligne du Démon, comme certains veulent le croire (extrait de Les principes de la sorcellerie musicale) :

« … la musique attire les esprits…Sa nature vibratoire permet d’ouvrir des portails interdimensionnels. Et bien sûr le type d’esprits attirés est fonction du type d’énergie que génère la musique diffusée. Si vous chantez des louanges à Elohim, alors des anges seront attirés… Si ce sont des louanges à Satan, alors, nous pouvons très bien imaginer quels types d’esprits viendront à votre rencontre. Là où des artistes déclarent leur flamme à une  » personne » … à qui elle donne leur âme, ce sont en fait des déclarations d’amour au diable, donc de la louange satanique. Et l’énergie générée par celle ci attire automatiquement des démons … Le diable s’est donné pour mission de faire croire à l’humanité qu’il n’existe pas, mais comme il a besoin d’être loué, alors, il vous fait l’adorer sans que vous vous en rendiez compte, au travers des chansons qui semblent anodines, mais qui le glorifient. C’est extrêmement vicieux, et intelligent. C’est aussi pour ça qu’on l’appelle le malin ». C Q F D !

Une autre thèse serait que la plupart des insinuations et des accusations lancées contre les chanteurs du passé comme d’aujourd’hui expriment des invariants mêlant jalousie, peur de l’irrationnel, goût du dénigrement et adhésion à des schémas de représentation où le succès, le sexe et la richesse sentent toujours un peu le soufre. Pour peu que les artistes y ajoutent un peu de provocation plus ou moins complaisante (Mike Jager : « Appelez-moi Lucifer »), et tous les ingrédients de la suspicion sont à l’appel !

Et puis, après tout, pourquoi certaines de ces rumeurs ne seraient pas fondées ?

L’idée de vendre son âme au Diable pour s’obtenir les joies terrestres d’une carrière musicale à succès et tous les plaisirs qui vont avec n’est ni nouvelle, ni si loufoque que ça : elle doit bien effleurer plus d’un candidat potentiel au monde du show-biz… Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à consulter les annonces spécialisées sur Internet, dont certains sont très révélatrices …

Vente d'âme au démon, en échange d'une carrière dans la chanson
Annonce de vente d’âme au démon, pour une carrière dans la chanson

Et pour celles qui sont déjà en piste, être chanteuse à succès n’interdit pas de commercer avec Lucifer, ni de pratiquer un peu (ou beaucoup) de sorcellerie !

 

Six fillettes et un violoniste pétrifiés …

A Sailly-en-Ostrevent (canton de Vitry-en-Artois, à une vingtaine de kilomètres d’Arras), se dresse un singulier ensemble mégalithique, connu sous le nom de « Cromlech des Bonnettes ».

 

Le pseudo-cromlech des Bonnettes
Le pseudo-cromlech des Bonnettes (photo Wikipédia)

On connaissait dans l’Aude l’énigmatique « non-chromlech de Rennes-les-Bains », mais ces Bonnettes ont quelque chose d’encore plus étrange, non pas dans leurs dimensions des plus modestes, mais par la forme des pierres qui les composent : des sortes de crochets ou de pierres nanties de talons, sans équivalent sur d’autres sites.

L’ensemble se compose en fait de deux éléments distincts : une sorte de tertre en forme de cône tronqué d’environ 24 mètres de circonférence établi sur un terrain carré au sommet d’une éminence (soit une hauteur d’environ 7 mètres au-dessus de la plaine), et un alignement approximativement circulaire de cinq pierres en forme de menhirs crochus, d’une hauteur d’environ 80 cm. Jadis verticales, certaines penchent aujourd’hui. À l’origine, ces cinq pierres levées étaient sept (l’une d’elle demeure visible à proximité, couchée au sol ; quant à la septième, elle a disparu, peut-être volée pour servir de pierre à bâtir). La présence jadis de sept pierres ne fait aucun doute, comme en atteste l’iconographie ancienne et la toponymie, qui désigne le monument comme « les sept bonnettes » ou parfois « les sept fillettes » ou « les sept marionnettes ».

Un cromlech qui n’en est pas un

La conformation générale de l’édifice (tumulaire) et la proximité de plusieurs autres petits mégalithes dans la région (Dolmen de Hamel, Menhir de Lécluse, notamment) inciteraient à rattacher ce cromlech à la civilisation néolithique. Pourtant, les Bonnettes, par leur faible hauteur, par leur taille grossière de section quadrangulaire (environ 25 cm. de section) et par leur décrochement sommital ne furent probablement jamais de véritables menhirs ni des pierres de cromlech.

Coupe d’après Dessailly, in Bulletin de la Sté préhistorique française

Le cercle servait peut-être de support à une sorte d’estrade de bois, avec une septième pierre centrale comme renfort. Une autre hypothèse plausible est que ces pierres aient délimité une enceinte rituelle, un peu à la manière des cercles concentriques de Stonehenge. Dans cette configuration, les décrochements pourraient avoir servi de support non pas à une structure plane, mais à des linteaux disposés circulairement et qui auraient disparu depuis lors (employés comme pierre à bâtir ou à rempierrer les chemins, du fait de leur plus grande accessibilité que les montants eux-mêmes, profondément fichés dans le sol).

Cet ensemble ne mérite certainement pas son appellation de cromlech, si ce n’est que la disposition circulaire des pierres levées évoque effectivement celle des cromlechs traditionnels. Quant au tertre sur lesquelles elles sont plantées, il pourrait suggérer un tumulus, la toponymie locale –accréditée par plusieurs articles anciens d’érudits ou d’archéologues locaux‑ faisant d’ailleurs souvent référence au « tumulus de Sailly-en-Ostrevent », plutôt qu’à un cromlech.

Le tumulus des Bonnettes, d’après une illustration ancienne

Il semble attesté que le monument a servi de butte à feu ou de butte à signaux, de fanal ou de table d’orientation dès l’époque gallo-romaine et jusqu’au Bas Moyen Age. Pour le reste, plusieurs recherches sur place ont mis en évidence que le tumulus a été utilisé à des fins funéraires et sans doute rituelles, mais rien n’assure que telle était sa destination originelle. De fait, plusieurs fouilles effectuées aux 18ème et 19ème siècles (notamment celles de l’archéologue Adolphe Bréan, en 1877 Ref. qui désigne les Bonnettes sous l’appellation tumulus) ont dégagé une couche argileuse recouvrant une grande quantité de cendres humaines. Près de sa base, une galerie souterraine a été découverte, distribuant plusieurs allées, toutes remplies d’ossements humains ; mais cet ossuaire-colombarium est peut-être un remploi tardif, et pourrait même avoir été aménagé à l’époque romaine à la suite d’une sanglante bataille, pour y incinérer puis y enterrer les victimes. Ont également été mises au jour sur les flancs du tumulus, une tombe mégalithique (2 000 à 2 500 avant J.C.) et plusieurs tombes de l’âge du fer (vers 700 avant J.C.), illustrant à la fois l’ancienneté et la constance de l’usage funéraire du site mais sans caractère conclusif quant à l’intention originelle des constructeurs.

De nombreuses légendes, dont bien sûr un trésor !

Selon la légende locale, les fillettes qui auraient donné leur nom au cromlech auraient été six jeunes filles imprudentes parties danser avec un violoniste au lieu d’aller à vêpres : le courroux du ciel -ou des enfers- aurait pétrifié le groupe impie… (cette légende se retrouve sous des formes proches en maintes autres régions). On trouve sur le site de la mairie de Sailly-en-Ostrevent un récit assez pittoresque de cette singulière mésaventure :

« On raconte que sept jeunes filles, (ou peut-être bien six jeunes filles avec un violoniste) au mépris des saintes lois du dimanche, avaient l’habitude d’aller danser sur le monticule pendant les vêpres. En vain le curé avait prodigué les exhortations pour les en détourner, en vain les avait-il menacées des terribles jugements de Dieu, elles ne tinrent compte ni de ses avis, ni de ses menaces. Un jour de dimanche, elles y allèrent donc folâtrer selon leur coutume. Mais tout-à-coup, voilà que leur danse en rond est arrêtée, leurs têtes deviennent raides, leurs bras se collent à leur corps, leurs jambes s’enfoncent profondément dans le sol ; elles étaient changées en pierres… On accourut, on voulut les arracher de la terre, tout fut inutile. Une autre version dit qu’elles disparurent seulement, et qu’on ficha en terre sept pierres dans la position que chacune des pauvrettes avait occupée » Ref.

Vengeance divine, ou simple tribut au diable pour avoir construit le monument ? Un des archéologues l’ayant fouillé  relate que « la terre de la butte n’est pas tirée du sol qui l’avoisine ; on m’a fait remarquer avec mystère qu’elle n’a aucune analogie avec le terrain qui l’entoure ; qu’elle est de la plus mauvaise qualité et a dû être apportée de loin. Le fait est singulier, mais il est réel : et, s’il faut tout dire, le diable passe pour avoir apporté les matériaux du tertre qui supporte les pierres dites les Sept Bonnettes de Sailly » …

Comme bien souvent auprès des monument mégalithiques, les légendes locales attachent au cromlech la présence d’un trésor dont la recherche ne serait pas sans risques. Ainsi, d’après Mémorial historique & archéologique du département du Pas-de-Calais « … on entreprit [au 19ème s.] de fouiller cette butte par le côté, dans l’espérance d’y trouver des trésors ; mais force fut d’y renoncer, car la nuit suivante les ouvriers furent troublés chez eux par des apparitions, des visions effrayantes, et aucun d’eux ne voulut continuer l’œuvre de profanation » Ref. Dans un article de Trésors Magazine publié en 1992, François Montbouy fit le point sur les récits trésoraires locaux, concluant que « il n’est pas douteux que le Cromlech des Bonnettes et ses alentours immédiats constituent un site prometteur » pour les chercheurs de trésors.

Lapins créti(e)ns…

Une mutation discrète s’opère, dans les pratiques pascales des Français : d’après des chiffres récemment diffusés, la part des ventes de poules et d’œufs de Pâques en chocolat régresse d’année en année, au profit d’un nouveau bestiaire chocolaté où le Lapin de Pâques se taille la plus grande place !

Lièvre de Pâques en chocolat
Lièvre de Pâques en chocolat

Ce serait même désormais l’article le plus vendu, reléguant bien loin derrière lui des chocolats plus traditionnels, comme la désuète Cloche de Pâques.

Lapin Père Noël
Un audacieux « Lapin Père Noël »

Décidément, ce lapin s’invite dans plusieurs fêtes majeures, puisqu’il n’hésite pas à endosser aussi la Hotte et les bottes du Père Noël ! Y aurait-il « quelque chose qui cloche » (de Pâques…) ?

En réalité, la Bête à oreilles n’a rien d’illégitime dans le Mystère pascal. La Fête chrétienne de Pâques tombe peu ou prou aux alentours de l’équinoxe de printemps, pendant laquelle beaucoup de peuples anciens célébraient une déesse de l’amour et de la fécondité, elle-même souvent associée à l’image d’un lapin ou d’un lièvre. Le retour du printemps chaque année portait à fêter la (re)naissance de la nature et la germination des plantes, qu’évoque aussi la résurrection du Christ.

Les cultes de l’Ostara germanique ou de l’Eastre ou Eostre anglo-saxonne -divinités ayant donné leur nom à la fête de Pâques en anglais (Easter)- leur attribuaient le lièvre comme symbole, et elles sont elles-même des avatars d’autres déesses aux noms comparables, comme l’Astarté ou l’Ishtar proche-orientale.

Il est vrai qu’Astarté est une figure polyvalente ; plutôt belliqueuse pour les Sumériens, elle sera assimilée plus tard par les Gréco-romains à Aphrodite / Vénus, qui est une déesse de l’amour. L’animal totem reste pourtant le même : un lapin ou un lièvre. N’est-ce pas la réminiscence de cette origine guerrière qui porta un jour Lewis Caroll à recomposer argotiquement son étrange Lièvre de Mars ? Encore n’innovait-il pas vraiment, car on trouve dans des écrits anglais bien antérieurs un March Hare (en d’autres termes, le Lièvre d’Arès…), parèdre du Lièvre de Vénus. Quoi qu’il en soit, le lièvre-lapin reste bel et bien lié symboliquement à des cultes anciens que le christianisme tentera d’éradiquer, au point que sa capture par un chasseur était jadis une métaphore du paganisme vaincu.

Mais que diable allait-il faire dans cette garenne ?

Le chocolat pascal le plus vendu est aujourd’hui l’incontournable Lapin d’Or du fameux chocolatier Lindt. Qui a des oreilles (de lapin…) entende, cet intitulé interpelle l’Apprenti !

Le Lapin d'or, de Lindt
Le Lapin d’or, de Lindt

Le geste symbolique de ramasser un lapin -fût-il de chocolat- dans le jardin de Dame Nature n’a rien d’anodin : cela revient à « soulever un lièvre », autrement dit à mettre au jour une connaissance cachée. Car pour les alchimistes, Lièvre ou Lapin suggère l’intimité occulte de ces animaux avec les entrailles de la terre, qu’ils côtoient dans leurs terriers souterrains.

En latin, le lièvre est désigné Lepus (génitif : Leporis), dont dérive d’ailleurs un doublon français : lièvre, mais aussi lapin (avec moins de certitude pour ce second terme, d’autant que le lapin est désigné en latin sous le vocable de cuniculus). Jouant sur la consonance, les alchimistes ont discerné dans le Lièvre une évocation analogique de la matière brute, par le détour d’un jeu de mots avec la Lèpre, comme Fulcanelli le note à propos dans son Mystère des Cathédrales :

Un extrait du Mystère des Cathédrales, de Fulcanelli
Extrait du Mystère des Cathédrales

L’Adepte rappelle aussi, au même chapitre, que le « bec-de-lièvre » n’est pas qu’une infirmité physique, c’est aussi l’attribut qui permet de parler la Langue des oiseaux, ce qui n’a au fond rien d’étonnant, puisque le bec est au premier chef la bouche des volatiles.

Sur la ligne des crêtes …

Étant associés à la Fête de Pâques, les Lapins créti(e)ns sont-ils croyants ?
Et ont-ils des crêtes, ce qui les rapprocherait encore un peu plus des oiseaux ?

Sur le plan étymologie, ces questions restent posées, et l’origine du terme crétin n’y

Lapin crétin
Une beau spécimen de Lapin crétin

répond pas de manière catégorique. Certains -dont l’auguste Littré, mais après des hésitations- font en effet dériver cet adjectif de « chrétien », par le détour de patois franco-provençaux. D’autres le rattachent au terme germanique Kreide (la craie), parce que les crétins auraient en général la peau blanchâtre ; de fait, les Lapins crétins sont en général d’un blanc nacré qui ne concourt pas peu à leur aspect stupide, mais là encore, la foi chrétienne n’est pas bien loin, car au fond, il y a peu entre Kreide et Crédo ! Certains, enfin, considèrent que le crétin désigne un habitant des montagnes, donc des crêtes, sans pourtant que le rapport avec le crétinisme intellectuel soit bien établi…

Loin se s’égarer dans de telles arguties, l’Apprenti considérera surtout que les Lapins et les Lièvres à crête empruntent ce singulier attribut à d’autres animaux de la basse-cour, en l’occurrence des gallinacés comme le Coq (Gallus) et la Poule (un des principaux animaux chocolatés de Pâques, dont l’œuf est lui aussi un grand classique pascal) : Carmen Galli a déjà évoqué leurs affinités avec la Matière Première.

Une fois de plus, ces choses devaient être dites…

Il n’est pire sourd …